Lutte contre les violences sexistes et sexuelles : doit-on se passer de la prison ?
La prison est-elle la solution face aux violences sexistes et sexuelles ? Cette question fait l'objet de débats dans les mouvements féministes depuis les années 1970, et revient dans l’actualité avec la loi intégrale de protection des femmes et enfants, bientôt en discussion au Parlement..
La question de savoir si la prison est la solution adaptée pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) fait l’objet de débats depuis les années 1970, notamment au sein des mouvements féministes. Ce sujet revient sur le devant de la scène avec la proposition de loi intitulée apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants, prévue pour être discutée à l’Assemblée nationale à l’automne 2026. Ce texte, soutenu par plus de 150 ONG, associations et syndicats, s’inscrit dans un contexte où les violences sexistes et sexuelles restent un enjeu majeur de société. La lutte contre ces violences avait été déclarée pilier de l’égalité entre les femmes et les hommes dès 2017, sous le premier mandat d’Emmanuel Macron, mais les associations alertent sur leur persistance. La prison, souvent perçue comme une réponse naturelle, est désormais questionnée : permet-elle vraiment de réduire les récidives ou de prévenir de futures violences ?
La proposition de loi discutée à l’automne 2026 vise à apporter une réponse intégrale aux violences sexistes et sexuelles (VSS) en France. Déposée le 11 août 2026, elle est soutenue par un large collectif de plus de 150 organisations, dont des ONG, des associations et des syndicats. Ce texte s’inscrit dans un contexte où les violences sexistes et sexuelles sont considérées comme une grande cause nationale depuis 2017, sans que leur ampleur ne diminue significativement. L’affaire Lyhanna, ainsi que d’autres cas médiatisés, ont renforcé la mobilisation autour de ce projet de loi. L’objectif affiché est de mieux protéger les femmes et les enfants, mais aussi de repenser les réponses apportées par l’État, notamment en interrogeant l’efficacité de la prison comme outil de prévention et de réinsertion.
Trois experts interviennent dans ce débat pour éclairer les enjeux : Elodie Tuaillon-Hibon, avocate spécialisée dans les violences sexuelles et les féminicides, Margaux Coquet, docteure en droit et chercheuse en criminologie à l’université de Louvain en Belgique, autrice d’une thèse sur l’abolition du système pénal, et Jean Bérard, historien et enseignant à l’ENS Paris-Saclay, chercheur à l’Institut des sciences sociales du politique. Leurs interventions permettent d’aborder la question sous plusieurs angles : juridique, historique et sociologique. Leurs travaux et prises de position reflètent la diversité des approches existantes, entre défense d’une justice punitive et remise en cause du système carcéral traditionnel.
Les critiques envers le système carcéral dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles s’appuient sur plusieurs constats. D’une part, la prison est souvent perçue comme inefficace pour prévenir la récidive, car elle ne traite pas les causes profondes des comportements violents, comme les stéréotypes de genre ou les inégalités sociales. D’autre part, les conditions de détention peuvent aggraver certains troubles psychologiques, rendant la réinsertion sociale plus difficile. Enfin, le système judiciaire est parfois critiqué pour son manque de moyens, entraînant des délais excessifs et des classements sans suite, ce qui limite son impact. Ces arguments sont portés par des militantes et militants féministes depuis les années 1970, mais ils gagnent en visibilité avec l’actualité récente et les affaires de violences sexuelles.
Face aux limites de la prison, des alternatives sont proposées pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Parmi elles, on trouve des mesures de réparation, comme des stages de sensibilisation ou des thérapies, qui visent à faire prendre conscience aux auteurs de violences de la gravité de leurs actes. D’autres pistes incluent des dispositifs de médiation, bien que leur application reste délicate dans les cas de violences graves. Ces approches s’inscrivent dans une logique de prévention et de réinsertion, plutôt que de punition pure. Elles sont défendues par des chercheuses comme Margaux Coquet, qui plaide pour une remise en question du système pénal traditionnel. Cependant, ces alternatives soulèvent des questions sur leur efficacité réelle et leur acceptation par la société.
Le débat sur la prison s’inscrit dans un contexte politique et social marqué par une forte mobilisation contre les violences sexistes et sexuelles. En 2017, la lutte contre ces violences avait été déclarée *grande cause* nationale par Emmanuel Macron, mais les associations dénoncent un manque de résultats concrets. Les affaires récentes, comme celle de Lyhanna ou les féminicides, ont ravivé l’indignation et poussé à l’adoption de mesures plus ambitieuses. La proposition de loi de 2026 reflète cette urgence, mais aussi les divisions au sein même des mouvements féministes. Certains défendent une approche répressive, tandis que d’autres prônent des solutions alternatives. Ce clivage illustre les tensions entre justice, prévention et protection des victimes.

