12 projets de mégabassines retoqués en Poitou-Charentes
Mercredi 8 juillet, la cour administrative d'appel de Bordeaux a déclaré « l'illégalité » de douze projets de mégabassines dans le Poitou-Charentes, celles de La Palu et l'Aume-Couture. Une décision, consultée par Mediapart, motivée par la protection de l'outarde canepetière.
Douze projets de mégabassines en Poitou-Charentes ont été annulés par la justice administrative. Une mégabassine est un grand réservoir artificiel conçu pour stocker de l’eau, souvent plusieurs millions de mètres cubes, afin d’irriguer les cultures en période de sécheresse. Ces infrastructures, généralement financées par des collectivités locales ou des syndicats d’agriculteurs, visent à sécuriser l’approvisionnement en eau pour l’agriculture intensive. Leur construction et leur utilisation sont controversées en raison de leur impact environnemental et de leur contribution à l’épuisement des ressources hydriques.
La justice administrative a rendu ces décisions en réponse à des recours déposés par des associations environnementales et des citoyens. Ces recours dénonçaient notamment l’absence d’études d’impact suffisantes sur les conséquences écologiques des mégabassines, ainsi que leur incompatibilité avec les objectifs de préservation de la ressource en eau. Les juges ont estimé que les autorisations délivrées par les préfets ne respectaient pas toujours le cadre légal, notamment la loi sur l’eau et les directives européennes en matière d’environnement.
La région Poitou-Charentes, située dans le sud-ouest de la France, est particulièrement touchée par les tensions autour de l’eau en raison de son climat semi-aride et de la pression agricole. L’agriculture, notamment les cultures céréalières et maraîchères, consomme une part importante des ressources hydriques locales. Les mégabassines y sont perçues par certains comme une solution pour limiter les risques de pénurie, tandis que d’autres y voient une aggravation des déséquilibres écologiques et une privatisation de l’eau.
Les principaux acteurs de ces projets sont les syndicats d’agriculteurs, les chambres d’agriculture et les collectivités locales, qui portent les demandes de construction. Les opposants incluent des associations comme Les Amis de la Terre ou France Nature Environnement, ainsi que des collectifs citoyens. Les préfets, représentant l’État, ont initialement autorisé une partie de ces projets avant que la justice ne les annule. Le tribunal administratif de Poitiers a joué un rôle central dans ces décisions.
Les opposants aux mégabassines critiquent leur impact sur les nappes phréatiques et les cours d’eau, qu’elles contribuent à assécher en période de sécheresse. Ils soulignent aussi le risque de monoculture accrue, où certaines cultures très gourmandes en eau, comme le maïs, bénéficieraient de ces réserves au détriment d’autres usages ou d’écosystèmes fragiles. Enfin, ils dénoncent un modèle agricole qui aggrave la crise climatique en favorisant des pratiques intensives.
Les annulations de ces douze projets signifient que les autorisations de construction sont retirées et que les travaux ne pourront pas commencer. Les porteurs de projets pourraient faire appel des décisions de justice, mais cela pourrait retarder encore davantage la mise en œuvre de ces mégabassines. Certains acteurs locaux pourraient aussi revoir leurs stratégies pour sécuriser l’approvisionnement en eau, en explorant des alternatives moins controversées, comme la réutilisation des eaux usées traitées ou la gestion collective des ressources.
Ces décisions judiciaires illustrent l’importance du droit de l’environnement dans les conflits autour de l’eau. La justice administrative s’appuie sur des textes comme la *loi sur l’eau* de 2006 ou la *directive cadre sur l’eau* de l’Union européenne, qui imposent de préserver les milieux aquatiques et de garantir un usage durable de la ressource. Les recours permettent aux citoyens et associations de faire valoir ces principes face à des projets jugés non conformes. Ces annulations pourraient servir de précédent pour d’autres contentieux similaires en France.

