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Philosophie

Pétainiste par conviction, collaborateur par situation – sur Notre Salut d’Emmanuel Marre

AOC Media · mis à jour 28 sept.

Henri Marre n'était pas un « collabo », mais un pétainiste pur jus, fonctionnaire zélé d'un régime dont il suivit les choix jusqu'au pire. C'est cette nuance que l'historien Marc Olivier Baruch, grand historien de l'administration de Vichy, rappelle à propos de Notre Salut.

Film et contexte historique

Le film Notre Salut, réalisé par Emmanuel Marre, aborde la période de l'Occupation allemande en France (1940-1944) à travers le prisme d'une correspondance familiale. Contrairement à un biopic traditionnel ou à une reconstitution historique classique, cette œuvre se distingue par son approche documentaire et intime. Elle s'appuie sur des lettres échangées entre Henri Marre, un arrière-grand-père du réalisateur, et son épouse Paulette. Ce matériau, rare et privilégié, permet d'explorer les mentalités et les choix individuels d'un fonctionnaire pétainiste, loin des grands récits nationaux. Le film a été remarqué au Festival de Cannes 2026, où il a obtenu le prix du scénario, bien qu'il n'ait pas reçu la palme d'or, malgré le soutien de plusieurs médias français influents.

Henri Marre : pétainiste convaincu

Henri Marre n'était pas un simple collaborateur, mais un pétainiste par conviction, c'est-à-dire un partisan convaincu du régime de Vichy dirigé par le maréchal Pétain. Ce régime, né après la défaite française de 1940 face à l'Allemagne nazie, prônait une idéologie réactionnaire, autoritaire et antisémite, tout en collaborant avec l'occupant allemand. Contrairement à une idée reçue, souvent entretenue par des récits comme ceux de l'historien Henri Amouroux dans les années 1970-1990, Marre incarne une adhésion active et durable aux valeurs du régime, et non une simple adaptation opportuniste. Son parcours illustre la complexité des engagements individuels pendant cette période trouble.

Approche de la micro-histoire

Pour analyser cette époque, Emmanuel Marre adopte une méthode proche de la micro-histoire, popularisée par l'historien Plutarque il y a près de 2 000 ans. Cette approche consiste à étudier des détails apparemment mineurs – comme une correspondance privée – pour éclairer des mécanismes plus larges, tels que les comportements individuels ou les dynamiques sociales. Dans Notre Salut, cette méthode permet de dépasser les grands récits historiques pour se concentrer sur l'expérience vécue d'un homme ordinaire, fonctionnaire zélé du régime de Vichy. Cette perspective offre une vision plus nuancée et moins manichéenne de l'histoire, en évitant les généralisations abusives.

Processus de création du film

La réalisation de Notre Salut s'est étalée sur plus de dix ans, de la découverte du témoignage en 2012 à sa sortie en 2026. Emmanuel Marre a mené un travail rigoureux, alternant phases de recherche archivistique, bibliographique et documentaire, puis de construction scénaristique, de tournage et de montage. Cette longue gestation reflète une volonté de précision historique et artistique, sans recourir à un conseiller historique externe. Comme le souligne l'historien Marc Olivier Baruch, cette démarche évite les pièges d'une reconstitution superficielle ou d'une analyse simpliste, en privilégiant une immersion dans les sources primaires pour en extraire une réflexion historique, politique et cinématographique.

Ce que ça pourrait changer

Marc Olivier Baruch, historien spécialiste de l'administration de Vichy et directeur d'études à l'EHESS, est l'auteur de l'article analysant *Notre Salut*. Son expertise porte sur le fonctionnement des institutions sous le régime de Vichy, ce qui lui permet de contextualiser le parcours d'Henri Marre. Baruch souligne que le film évite les écueils d'une reconstitution classique en s'appuyant sur une source rare : une correspondance privée. Il rappelle que Marre n'était pas un collaborateur par opportunisme, mais un pétainiste convaincu, ce qui distingue son engagement de celui d'autres acteurs de l'époque. Son analyse met en lumière la rigueur du film, fruit d'un travail de longue haleine.

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