En Grèce, le marché noir menace le corail rouge
L’arraisonnement d’un yacht transportant une cargaison de corail rouge pêché illégalement en mer Égée révèle l’ampleur d’un trafic international. Le manque d’une cartographie précise des coraux rouges présents dans les eaux grecques et l’absence de contrôles ne permettent pas de préserver cette espèce marine particulièrement vulnérable, estiment les médias grecs..
Un réseau de contrebande en Grèce menace le corail rouge, une espèce marine très prisée pour la fabrication de bijoux. Récemment, un yacht transportant une cargaison illégale de corail rouge, estimée à 800 000 euros, a été arraisonné en mer Égée. Ce trafic, qui pourrait représenter des centaines de millions d’euros au total, repose sur l’exploitation illégale de cette ressource naturelle. Le corail rouge est considéré comme l’une des ressources marines les plus précieuses, avec des prix variant selon sa qualité : entre 10 et 40 dollars le carat pour les coraux de basse qualité, jusqu’à plus de 1 000 dollars le carat pour les coraux italiens de haute qualité. Les trafiquants ciblent particulièrement les îles Sporades, au large de Skopelos, avant de transférer leur butin vers le sud de l’Italie, où il est transformé en bijoux.
Le corail rouge est une espèce extrêmement vulnérable en raison de sa croissance très lente, estimée à seulement 0,2 millimètre par an. Il faut environ 30 ans pour qu’un corail rouge atteigne une taille permettant sa récolte. Cette lenteur rend son renouvellement naturel très difficile, surtout face à la pêche intensive, légale ou illégale. Les scientifiques soulignent que la collecte, même légale, est strictement encadrée en Grèce : seuls dix permis sont accordés chaque année pour une exploitation de cinq ans, suivie d’une pause de vingt ans pour permettre aux populations de se reconstituer. Pourtant, la pêche illégale, pratiquée par des plongeurs équipés et organisés, aggrave encore la menace sur cette espèce déjà en danger.
La Grèce souffre d’un manque criant de moyens pour protéger le corail rouge. D’une part, il n’existe pas de cartographie précise des zones où pousse cette espèce dans les eaux grecques. D’autre part, les contrôles sont quasi inexistants, ce qui permet aux trafiquants de sévir en toute impunité. Les réseaux de contrebande exploitent cette faille en utilisant des bateaux de plaisance comme couverture, sous prétexte de vacances, pour plonger et récolter le corail à l’abri des regards. Les enquêteurs ont découvert lors d’une récente opération des outils de coupe spécialisés, du matériel de plongée et des zones de stockage improvisées, révélant l’ampleur d’un réseau organisé et difficile à démanteler.
Plusieurs acteurs sont impliqués dans ce trafic. Les plongeurs spécialisés, souvent italiens, sont chargés de la récolte illégale dans les eaux grecques, notamment autour des îles Sporades. Ils utilisent des équipements sophistiqués pour extraire le corail des profondeurs. Une fois récolté, le corail est transféré vers le sud de l’Italie, où il est vendu à des joailliers. En Grèce, les autorités peinent à endiguer ce phénomène en raison de l’absence de cartographie et de contrôles insuffisants. Des chercheurs comme Maria Salomidis, de l’Institut d’océanographie du Centre hellénique de recherche marine (HCMR), alertent sur la vulnérabilité du corail rouge et l’urgence de mieux le protéger.
Au-delà de la menace sur le corail rouge lui-même, la pêche illégale a des conséquences graves sur l’écosystème marin. Le corail rouge joue un rôle écologique important en servant d’abri et de nourriture à de nombreuses espèces. Sa destruction perturbe l’équilibre des récifs et menace la biodiversité. Les scientifiques insistent sur le fait que la pêche au corail rouge, même légale, est dévastatrice pour l’ensemble de l’écosystème. En Grèce, les autorités tentent de limiter les dégâts en encadrant strictement la pêche légale, mais l’ampleur du marché noir rend cette tâche difficile. Sans une meilleure gestion et une cartographie précise, le corail rouge pourrait disparaître des eaux grecques, avec des répercussions écologiques et économiques majeures.

