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Culture

L'Instant poésie de François Jullien : "Dure est la route" de Li Bai, tourments intérieurs

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 29 j

Comment appréhender la subjectivité d'un poète chinois du 8e siècle ? François Jullien a choisi un poème chanté de Li Bai (701-762) pour son intériorité qui échappe aux codes de la poésie chinoise traditionnelle..

Poème de Li Bai

Le poème analysé est "Dure est la route – Xinglu nan", écrit par Li Bai (701–762), un poète chinois majeur de la dynastie Tang. Ce texte, composé de vers libres, exprime une profonde intériorité et une insatisfaction face aux contraintes de la vie. Li Bai, surnommé "l’Immortel en exil", est connu pour sa poésie mêlant rêve, nature et ivresse, ainsi que pour son refus des conventions littéraires chinoises traditionnelles. Son œuvre reflète une spontanéité et une liberté formelle rares, souvent inspirées par le taoïsme. Le poème évoque une scène de désarroi : après un banquet somptueux où il ne parvient pas à manger, Li Bai dégaine son épée, incapable de traverser un fleuve gelé ou de gravir des montagnes enneigées. Il se résout alors à pêcher dans un ruisseau et à rêver d’embarquer vers l’océan, symbolisant une quête de liberté face à l’impuissance.

Contexte historique

Li Bai a vécu sous la dynastie Tang (618–907), une période de prospérité culturelle en Chine, marquée par un essor artistique et intellectuel sans précédent. Cette dynastie est souvent considérée comme l’âge d’or de la poésie chinoise, avec des figures comme Li Bai, Du Fu ou Wang Wei. Le poème "Dure est la route" s’inscrit dans un contexte de tourments personnels et politiques : Li Bai, bien que proche de l’empereur Xuanzong, a été exilé à plusieurs reprises en raison de ses prises de position et de son caractère rebelle. Son œuvre reflète cette tension entre le désir de grandeur et la réalité des obstacles, qu’ils soient physiques ou symboliques. La dynastie Tang était également une époque de voyages et d’échanges culturels, ce qui a influencé le style nomade et contemplatif de Li Bai.

Analyse de François Jullien

François Jullien, philosophe, helléniste et sinologue français, commente ce poème pour illustrer la subjectivité unique de Li Bai, qui échappe aux codes traditionnels de la poésie chinoise. Contrairement à d’autres poètes de son époque, comme Wang Wei, connu pour sa plénitude et son harmonie avec la nature, Li Bai exprime ici une insatisfaction et une angoisse existentielles. Jullien souligne que ce poème, bien que chanté, révèle une intériorité tourmentée, où la route symbolise à la fois un chemin physique et une quête métaphysique. Le philosophe met en lumière la capacité de Li Bai à transformer une scène banale en une méditation sur la liberté et l’impuissance, montrant comment la poésie peut transcender les conventions pour exprimer des émotions universelles.

Structure et symboles

Le poème est structuré en deux parties distinctes. La première décrit un banquet fastueux où Li Bai, incapable de manger, se sent prisonnier de son environnement. Les détails comme les "dix mille boisseaux de bon vin", les "coupes dorées" et les "plateaux de jade" évoquent l’opulence, mais aussi une forme de vacuité. La seconde partie montre une tentative de libération : Li Bai, bloqué par la glace et la neige, se tourne vers la pêche et rêve d’embarquer vers l’océan, symbolisant l’espoir et la fuite. Le refrain "Dure est la route!" souligne l’obstacle récurrent, tandis que les "bifurcations" représentent les choix impossibles. Le "grand vent" et la "voile comme un nuage" évoquent une aspiration à la transcendance, typique du taoïsme.

Ce que ça pourrait changer

Ce poème est lu en français par Younès Boucif et en chinois par Yilin Yang, offrant une immersion sonore immersive, comme si l’auditeur y était. Il est extrait de l’*Anthologie de la poésie chinoise* (Gallimard, 2015), dirigée par François Cheng. Depuis septembre 2025, la collection *L’Instant poésie* est adaptée en livre aux Éditions Seghers, avec 300 pages incluant les commentaires des passeurs, les poèmes et les illustrations de Philomène Fontaine. Cette adaptation vise à rendre la poésie accessible à un public plus large, tout en conservant l’esprit des podcasts originaux. Le podcast est disponible sur France Culture, avec une carte blanche graphique attribuée à l’illustratrice Philomène Fontaine pour accompagner chaque épisode.

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