«Un grave moment de régression» : les députés adoptent la loi d’urgence agricole et ouvrent la voie au retour de l’acétamipride
Grâce à la droite, à l'extrême droite et au bloc central, l'Assemblée nationale a adopté lundi la très décriée loi d'urgence agricole, ouvrant la voie à la réintroduction possible de pesticides interdits, la facilitation des projets de mégabassines ou d’élevages intensifs. La gauche et les associations environnementales dénoncent un texte de «régression»..
Le 21 juillet 2026, l'Assemblée nationale française a adopté la loi d'urgence agricole (LUA) par 296 voix contre 224. Ce texte, soutenu par la droite, l'extrême droite et le bloc central (Rassemblement national, Union des droites pour la République, Démocrates, Ensemble pour la République et Horizons), vise à répondre aux difficultés des agriculteurs selon la ministre de l'agriculture, Annie Genevard. La loi doit encore être examinée par le Sénat le 22 juillet 2026 avant une possible promulgation dans les semaines suivantes. Elle inclut des mesures controversées comme la réintroduction possible de pesticides interdits et la facilitation des projets de mégabassines ou d'élevages intensifs.
L'article 2 quater de la loi permet à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de réautoriser temporairement deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l'Union européenne : l'acétamipride et le flupyradifurone. Ces substances pourraient être utilisées sur certaines cultures comme les noisettes, pommes, cerises ou betteraves sucrières. L'acétamipride est critiqué par des médecins et scientifiques en raison de ses risques pour la santé, notamment la contamination des bébés et la menace pour les abeilles. Seize sociétés savantes se sont déjà prononcées contre son utilisation. Le gouvernement a refusé de supprimer cette mesure malgré l'opposition de la ministre de l'écologie, Monique Barbut.
La loi modifie la gestion de l'eau en plaçant les agences de l'eau sous la tutelle des ministères de l'agriculture et de l'économie, en plus de celui de la transition écologique. Elle prévoit également le doublement, d'ici 2035, de la capacité de stockage de l'eau par les agriculteurs, notamment via des mégabassines. Ces infrastructures, très contestées, sont accusées d'accaparer la ressource et de créer des conflits d'usage. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) considère ces mégabassines comme coûteuses, néfastes pour l'environnement et inefficaces face au réchauffement climatique. Les ministres Annie Genevard et Mathieu Lefèvre défendent cette approche comme une nécessité écologique et économique.
La gauche et les associations environnementales ont vivement critiqué la loi, la qualifiant de moment de régression où la science a été ignorée au profit des intérêts agricoles. La députée LFI Aurélie Trouvé a dénoncé un texte sacrifiant la santé humaine, tandis que Manon Meunier (LFI) a qualifié la loi d'intégralité maladaptation au réchauffement climatique. Le RN et le camp présidentiel, en revanche, ont salué des réponses concrètes aux agriculteurs. Les groupes de gauche ont annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel pour faire censurer certaines dispositions du texte.
Plusieurs centaines de personnes et associations se sont rassemblées aux Invalides à Paris pour protester contre la loi avant son adoption. Des organisations comme Greenpeace France et Générations futures ont qualifié le texte de *pur scandale* et de *honte*, accusant les députés de tourner le dos aux attentes des citoyens. Le syndicat agricole *Confédération paysanne*, proche de la gauche, a exprimé sa colère, estimant que la loi ne répondait pas aux inquiétudes des agriculteurs et n'aurait pas d'impact réel dans les fermes. Les associations ont prévenu que les électeurs se souviendront des votes des députés lors des prochaines élections.

