La Boétie et le Blocus
Le programme scolaire a ses risques, en particulier celui d’être appliqué. De pancartes brandies en interviews vidéo, des élèves de lycée se demandent : comment ne pas se révolter quand La Boétie et son Discours de la servitude volontaire sont au programme de l’épreuve de français en première ? Bonne question.
L’article évoque la présence du Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie (1577) au programme de l’épreuve de français en classe de première. Ce texte, écrit au XVIe siècle par un humaniste proche de Montaigne, interroge pourquoi les peuples acceptent de se soumettre à un tyran alors qu’ils pourraient s’en libérer. La Boétie y développe l’idée que la servitude est souvent volontaire, car les individus renoncent à leur liberté par habitude, peur ou illusion de sécurité. Le texte, étudié en classe, peut sembler décalé pour des lycéen·ne·s confronté·e·s à des réalités contemporaines comme le manque de moyens ou les inégalités dans l’éducation.
L’auteur fait référence à des mouvements de blocus dans des lycées, notamment à Créteil et Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Ces mobilisations, dont les causes évoluent quotidiennement, visent à protester contre des conditions d’étude jugées insatisfaisantes, comme le manque de moyens ou l’iniquité des systèmes éducatifs. Le terme blocus désigne ici une grève ou une occupation des locaux par les élèves pour faire entendre leurs revendications. Ces actions s’inscrivent dans un contexte où les lycéen·ne·s expriment un besoin de changement, voire de rupture avec un système perçu comme oppressant.
L’article établit un parallèle entre les idées de La Boétie et les blocus lycéens. Selon La Boétie, la tyrannie repose sur l’acceptation passive des populations, qui soutiennent sans le vouloir un système injuste. Les lycéen·ne·s, en se révoltant, brisent cette logique en rendant visible la violence du système éducatif, notamment dans les banlieues. Leur action révèle l’absurdité d’une tradition présentée comme éternelle, mais qui montre ses limites face à la contestation. L’auteur suggère que ces mobilisations pourraient marquer la fin d’une époque où la soumission était la norme.
Le texte situe les blocus dans des lycées de Seine-Saint-Denis, une région marquée par des inégalités sociales et éducatives. Les élèves de ces établissements, souvent issus de milieux défavorisés, dénoncent un système qui ne leur offre pas les mêmes opportunités que dans d’autres zones. Leur mobilisation s’accompagne d’un sentiment d’urgence, voire d’exaspération, face à un emploi du temps perçu comme inemployable et épuisant. L’auteur souligne que ces générations, contrairement à leurs aînés, osent exprimer ce besoin de changement, même si elles ne savent pas encore précisément quoi revendiquer.
L’article lie l’œuvre de La Boétie, texte humaniste du XVIe siècle, à une forme d’engagement contemporain. Le *Discours de la servitude volontaire* est présenté comme une fable qui unit l’art et la vie, en montrant comment une idée ancienne peut éclairer des réalités modernes. L’auteur suggère que la lecture de ce texte, combinée aux mobilisations lycéennes, crée une prise de conscience : la tradition n’est pas immuable, et la résistance est possible. Cette idée est renforcée par une citation d’Antonin Artaud, évoquant un *vent* qui se lève, symbolisant un changement en marche.

