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Environnement

«Mon père aurait dû partir autrement» : après les canicules, la colère de celles et ceux qui ont perdu un proche

Vert.eco · mis à jour il y a 12 j

Elles ne pourront jamais déterminer avec certitude le rôle de la chaleur dans la mort de leurs proches. En revanche, Marie et Sabrina en sont convaincues : la canicule a précipité ces disparitions.

Canicules meurtrières en France

En juin et juillet 2026, la France a connu trois vagues de chaleur successives qui ont provoqué une surmortalité importante. Du 17 juin au 2 juillet, au moins 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés par rapport à une période normale, selon Santé publique France. Ces vagues de chaleur ont touché l’ensemble du pays et ont particulièrement affecté les personnes âgées de 75 ans et plus, qui représentent les deux tiers de ce bilan provisoire. La surmortalité a également touché de manière inédite toutes les classes d’âge à partir de 15 ans. Ces chiffres illustrent l’impact direct des températures extrêmes sur la santé des populations les plus vulnérables.

Témoignages de deuil et colère

Deux femmes, Marie et Sabrina, ont perdu un proche pendant cette canicule et partagent leur douleur ainsi que leur colère envers l’État. Marie, 49 ans, a vu son père Michel, 72 ans, décéder dans un hôpital du Finistère après avoir subi un coup de chaleur dans une chambre non climatisée. Sabrina, dont le père de 92 ans est décédé dans un Ehpad de Villejuif, décrit des conditions de chaleur extrême (jusqu’à 35 degrés) qui ont précipité son décès. Toutes deux estiment que la canicule a accéléré la mort de leurs proches, alors que leur état de santé était stabilisé avant cet épisode. Leur colère porte notamment sur le manque de moyens des établissements de santé et des services funéraires, débordés par l’afflux de décès.

Mécanismes de la surmortalité

Les canicules agissent directement sur les organismes fragilisés en épuisant les mécanismes de thermorégulation du corps. Selon Kévin Jean, épidémiologiste spécialiste des liens entre santé et environnement, ces mécanismes sollicitent fortement le cœur, les poumons et les reins. Chez les personnes déjà vulnérables, comme les personnes âgées ou celles souffrant de pathologies chroniques, ces organes peuvent lâcher, entraînant un décès. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle les canicules n’accéléreraient que de quelques jours ou semaines la mort de personnes déjà condamnées, les études montrent que la surmortalité persiste après les vagues de chaleur, confirmant l’impact direct de la chaleur sur la mortalité.

Défauts d’adaptation des infrastructures

Marie et Sabrina soulignent l’absence de mesures adaptées pour protéger les personnes vulnérables lors des canicules. Marie critique le manque de climatisation dans les hôpitaux et les chambres médicalisées, tandis que Sabrina dénonce le sous-effectif des soignants dans les Ehpad pendant les épisodes de chaleur intense. Ces lacunes, déjà pointées après la canicule de 2003, persistent en 2026. Les services funéraires, submergés par le nombre de décès, ont dû conserver les corps dans des conditions inadaptées, aggravant la souffrance des familles. Ces témoignages révèlent un système de santé et des infrastructures non préparés aux défis du réchauffement climatique.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’inaction perçue des responsables politiques, Sabrina envisage d’attaquer l’État en justice pour faire reconnaître sa responsabilité dans la mort de son père. Elle déclare être prête à s’associer à une action collective si une association décide de porter plainte. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de faire pression sur les pouvoirs publics pour qu’ils prennent enfin des mesures concrètes, comme l’équipement des établissements de santé en climatisation ou la rénovation des bâtiments. L’objectif est de faire en sorte que ces drames ne se reproduisent plus, en exigeant des comptes et des actions adaptées à l’urgence climatique.

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