Tefal : autour de l'usine, la pollution aux PFAS peut présenter des risques pour la santé
Des études confirment l'omniprésence d'un PFAS cancérogène en Haute-Savoie, terre historique du fabricant de poêles antiadhésives Tefal. Les niveaux de ce polluant éternel dépassent parfois les seuils sanitaires.
L’article aborde la pollution aux PFAS autour de l’usine Tefal, située à Rumilly en Haute-Savoie. Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composés chimiques artificiels utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, résistantes à la chaleur et imperméables. On les trouve dans de nombreux produits du quotidien comme les poêles antiadhésives, les textiles ou les emballages alimentaires. Leur particularité est leur persistance dans l’environnement : ils ne se dégradent presque pas, d’où leur surnom de polluants éternels. L’usine Tefal, spécialisée dans les ustensiles de cuisine, est pointée du doigt pour des rejets de PFAS dans l’air et les sols, ce qui pose des questions sur les risques sanitaires pour les riverains.
Des analyses réalisées par des associations et des médias ont révélé des concentrations élevées de PFAS dans l’environnement proche de l’usine Tefal. En 2023, des mesures ont montré des taux de PFAS dans l’eau potable et les sols dépassant parfois les seuils recommandés par les autorités sanitaires. Par exemple, des prélèvements dans des puits privés ont détecté des concentrations jusqu’à 5 fois supérieures aux limites fixées par l’Union européenne pour les eaux potables. Ces résultats ont suscité des inquiétudes parmi les habitants, d’autant que la région est densément peuplée, avec environ 15 000 riverains vivant à moins de 5 km de l’usine.
Les PFAS sont associés à plusieurs risques pour la santé, notamment en cas d’exposition prolongée. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), ces substances pourraient favoriser des cancers (rein, testicules), des troubles thyroïdiens, des problèmes de fertilité ou encore un affaiblissement du système immunitaire. Les populations les plus vulnérables, comme les femmes enceintes et les jeunes enfants, sont particulièrement concernées. Les autorités sanitaires recommandent de limiter l’exposition, notamment en évitant de consommer des produits locaux (légumes, lait, viande) cultivés ou élevés dans les zones contaminées. Aucune étude ne lie directement les rejets de l’usine Tefal à des cas de maladies, mais les craintes persistent.
Face à ces révélations, les autorités locales et nationales ont réagi. En 2023, l’Agence régionale de santé (ARS) de Auvergne-Rhône-Alpes a lancé une enquête pour évaluer l’étendue de la contamination et ses impacts sur la population. Par ailleurs, la préfecture de Haute-Savoie a ordonné des contrôles renforcés sur les rejets de l’usine et a demandé à Tefal de mettre en place des mesures correctives. L’entreprise, de son côté, affirme respecter les normes environnementales et souligne ses efforts pour réduire ses émissions de PFAS. Cependant, des associations comme Générations Futures critiquent le manque de transparence et demandent une étude épidémiologique complète.
Tefal, filiale du groupe français SEB, est un acteur majeur de l’industrie des ustensiles de cuisine, avec un chiffre d’affaires de 2,3 milliards d’euros en 2022. L’usine de Rumilly emploie environ 500 salariés et produit des millions de poêles et casseroles chaque année. Historiquement, l’entreprise a utilisé des PFAS pour leurs propriétés antiadhésives, mais elle affirme avoir réduit leur usage depuis plusieurs années. Pourtant, les associations environnementales soulignent que les alternatives proposées (comme les revêtements en céramique) ne sont pas toujours aussi performantes, ce qui pourrait expliquer la persistance des rejets. Le débat porte donc aussi sur la transition industrielle vers des procédés moins polluants.
Plusieurs pistes sont envisagées pour limiter les risques liés aux PFAS autour de l’usine Tefal. Les autorités pourraient renforcer les normes environnementales ou imposer des technologies de dépollution plus strictes. Du côté de l’entreprise, Tefal explore des solutions pour remplacer définitivement les PFAS par des alternatives moins nocives, bien que cela représente un défi technique et économique. Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation sont menées pour informer les riverains sur les bonnes pratiques, comme éviter de cultiver des légumes dans les sols contaminés ou utiliser des filtres à eau adaptés. Enfin, des associations demandent une prise en charge médicale des populations exposées, notamment pour un suivi à long terme de leur état de santé.

