NapseflowNapseflow
Philosophie

Suisse : construire une grève féministe pour la socialisation du travail reproductif

Contretemps · mis à jour il y a 3 j

En Suisse, la campagne pour la construction de la grève féministe du 14 juin 2027, qui place au centre le travail de care, est lancée. Nous publions un entretien réalisé auprès de Noémie et Léa autour des enjeux stratégiques de cette mobilisation.

Crise reproduction sociale

Les militantes de l'organisation SolidaritéS et de la Grève féministe en Suisse analysent une crise profonde de la reproduction sociale, c'est-à-dire l'ensemble des activités essentielles à la perpétuation de la société et de la vie (éducation, santé, soins, formation). Cette crise est révélée par les politiques d'austérité qui réduisent les budgets alloués à ces services publics, considérés comme des variables d'ajustement dans les comptes publics. Pourtant, ces activités sont vitales pour le capitalisme, car elles permettent de reproduire la force de travail (les travailleurs et travailleuses nécessaires à l'économie). Par exemple, la collectivisation de ces services par le secteur public a historiquement permis de libérer du temps pour que davantage de personnes participent à l'économie productive. Les analyses féministes montrent que cette crise touche particulièrement les services publics en Suisse, où les coupes budgétaires entraînent une dégradation des conditions de travail et d'accès aux soins, notamment pour les populations précaires.

Austérité et privatisations

Les militantes expliquent que la bourgeoisie utilise plusieurs stratégies pour maximiser les profits dans le secteur de la reproduction sociale. La première consiste à réduire les moyens des services publics, ce qui se traduit par des baisses de salaires, des réductions de prestations ou de personnel, et une détérioration des infrastructures. Une autre méthode est la déqualification des emplois, où des postes nécessitant des qualifications sont attribués à des personnes moins formées, permettant de payer des salaires plus bas. La privatisation et l'externalisation de ces services (comme le nettoyage ou la garde d'enfants) sont également des leviers. Ces pratiques s'accompagnent d'une ubérisation et d'une intégration dans l'économie numérique, comme dans le secteur du nettoyage en Suisse. Enfin, le démantèlement des services publics reporte le travail reproductif sur les familles, notamment les femmes, où il est souvent non rémunéré ou très mal payé. Ces mécanismes reposent sur une naturalisation du travail reproductif, présenté comme une tâche féminine et non comme un travail essentiel.

Division raciale travail

Les militantes soulignent que la maximisation des profits dans le secteur de la reproduction sociale s'appuie sur une division raciale et internationalisée du travail. Par exemple, dans le secteur des soins à domicile en Suisse, des plateformes recrutent des femmes, souvent originaires de Roumanie, pour des missions de trois mois. Ces travailleuses vivent chez les bénéficiaires et reçoivent des salaires très bas, dans un statut proche de celui de saisonnier·ère. Cette exploitation est rendue possible par des politiques migratoires strictes qui permettent une main-d'œuvre précarisée et peu protégée. Cette division du travail contribue à creuser les inégalités, car les personnes les plus précaires sont les premières à subir les conséquences des coupes dans les services publics. Par exemple, les crèches surchargées peuvent conduire à des négligences, voire à des cas de maltraitance ou de malnutrition, comme en France où des enfants en situation de malnutrition ont été signalés dans certaines crèches.

Impact services publics

Les attaques contre les services publics ont des effets concrets sur la santé et le bien-être de la population. Par exemple, la réduction des moyens dans les crèches entraîne une surcharge de travail pour le personnel, ce qui peut mener à des négligences ou des maltraitances envers les enfants. Dans le secteur de la santé, les hôpitaux publics en Suisse subissent des fermetures, des réductions de personnel et des externalisations de tâches, comme l'entretien des équipements médicaux. Ces externalisations peuvent paralyser des services en urgence, car les entreprises privées ne travaillent pas la nuit. Les personnes les plus précaires sont les premières à payer le prix de cette dégradation, car elles n'ont pas les moyens d'accéder aux services privés. De plus, une nouvelle division sexuée du travail apparaît dans les hôpitaux, où les tâches de care (soins, accompagnement) sont moins valorisées et moins rémunérées que les prestations techniques.

Contradiction capitalisme

Les militantes analysent une contradiction majeure du capitalisme néolibéral : d'un côté, il a besoin de la reproduction sociale pour assurer la perpétuation de la force de travail, et de l'autre, il détruit ce secteur en le considérant comme non productif. Cette contradiction est exacerbée par la privatisation et la marchandisation du travail reproductif, qui permettent de dégager de nouveaux espaces de profit. Par exemple, le capitalisme importe des travailleuses précarisées (comme les femmes roumaines en Suisse) pour reproduire la force de travail des pays riches, tout en externalisant les coûts vers les pays d'origine. Cette dynamique creuse la dette du _care_, où les pays du centre (comme la Suisse) exploitent les ressources humaines des pays de la périphérie. Cette contradiction rappelle celle de l'exploitation des ressources planétaires, où le capitalisme détruit les conditions mêmes de sa propre reproduction.

Grève féministe 2027

En Suisse, une grève du care (travail reproductif) est prévue pour juin 2027. Les militantes insistent sur la nécessité d'articuler cette grève avec le travail reproductif non rémunéré, effectué dans la sphère domestique. L'objectif est de construire une mobilisation transversale qui inclut à la fois les travailleur·ses rémunéré·es (dans les crèches, hôpitaux, etc.) et les personnes qui assurent ce travail gratuitement (comme les mères au foyer). Cependant, il faut éviter de considérer ces deux formes de travail comme identiques, car cela pourrait dévaloriser les compétences spécifiques des professionnel·les du care ou invisibiliser les divisions raciales et de classe. Par exemple, une CEO qui lit une histoire à ses enfants le soir ne fait pas le même travail qu'une employée de maison qui s'occupe de plusieurs tâches reproductives pour plusieurs familles. L'enjeu est de construire des revendications communes qui reflètent les vécus individuels de la crise de la reproduction sociale, tout en ouvrant des espaces de réflexion sur des alternatives collectives.

Ce que ça pourrait changer

Les militantes défendent une perspective de **féminisme marxiste**, qui place la reproduction sociale au cœur de la lutte anticapitaliste, antifasciste et internationaliste. Elles critiquent les approches qui considèrent la grève féministe comme une division de la classe ouvrière face au capital, comme le faisaient certains secteurs du mouvement ouvrier en 2019. Pour elles, le patriarcat et le capitalisme sont étroitement liés, et une grève féministe ne divise pas la classe, mais révèle les mécanismes d'exploitation communs. Par exemple, les attaques contre les services publics touchent à la fois les travailleur·ses rémunéré·es et les personnes qui assument un travail reproductif non rémunéré, souvent des femmes. L'objectif est de construire des alliances entre ces différents groupes pour défendre des revendications communes, comme la socialisation du travail reproductif, et ainsi remettre en question la logique capitaliste qui considère ce travail comme un coût plutôt que comme un investissement essentiel pour la société.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.