Pourquoi les prix alimentaires ne baissent-ils pas immédiatement avec ceux de l’énergie ?
L’ESSENTIEL En cette rentrée scolaire et en début de campagne présidentielle disputée, la question de l’inflation revient en force. Si la flambée du coût de l’énergie explique la hausse des prix alimentaires, pourquoi ceux-ci ne baissent-ils pas quand le prix du pétrole recule ? Loin d’être mécanique, la transmission de la hausse des prix d’un secteur à l’autre emprunte des voies multiples qui rendent l’impact d’une baisse incertain.
Entre 2022 et 2025, les prix de l’énergie et de l’alimentation en France ont évolué de manière décalée. En 2022, l’énergie a augmenté de 23,1 % tandis que l’alimentation progressait de 6,8 %. En 2023, l’énergie ralentissait à 5,6 %, mais l’alimentation accélérait à 11,8 %. Ce n’est qu’en 2024 que les deux rythmes se rapprochent (2,3 % pour l’énergie et 1,4 % pour l’alimentation), et en 2025 que l’énergie recule de 5,6 % tandis que les prix alimentaires continuent d’augmenter de 1,2 %. Ce décalage s’explique par le temps nécessaire pour que le choc énergétique se propage à travers la chaîne alimentaire, des engrais aux rayons des supermarchés.
L’énergie est un intrant essentiel dans la production alimentaire. Le gaz sert à fabriquer les engrais azotés, le pétrole alimente les tracteurs et les camions, et l’électricité fait fonctionner les serres, les chambres froides et les usines de transformation. Une hausse de 1 % du coût de l’énergie entraîne en moyenne une augmentation de 0,28 % des prix de production dans l’industrie alimentaire. Cependant, son impact varie selon les produits et les étapes de la chaîne, car chaque maillon (agriculteurs, industriels, transporteurs, distributeurs) réagit avec un délai et une intensité différents.
Trois facteurs expliquent pourquoi les prix alimentaires ne baissent pas immédiatement après ceux de l’énergie. D’abord, les contrats à prix fixe ou les stocks achetés à l’avance maintiennent des coûts élevés même après une baisse des cours. Ensuite, la transmission des coûts s’étale sur plusieurs mois : une étude de l’Insee montre que les ajustements de prix peuvent prendre jusqu’à cinq trimestres pour les produits vendus aux distributeurs. Enfin, tous les coûts ne baissent pas en même temps : si le prix du blé recule, les salaires, les loyers ou les emballages peuvent rester élevés, limitant l’impact global.
Une confusion fréquente consiste à confondre désinflation (ralentissement de la hausse des prix) et déflation (baisse des prix). Par exemple, un panier de courses à 100 € passe à 115 € avec une hausse de 15 %, puis à 116,15 € avec une nouvelle hausse de 1 %. Même si l’inflation ralentit ensuite à 1 %, le prix reste à 116,15 €. Pour revenir à 100 €, il faudrait une baisse de 14 %. Ainsi, même une déflation ne garantit pas un retour aux prix d’avant-crise, ce qui explique pourquoi les consommateurs ont l’impression que « les prix ne redescendent jamais ».
Les marges des entreprises ne sont pas le seul facteur expliquant la persistance des prix élevés. Selon l’Insee, les marges des industries agroalimentaires se sont redressées en 2022, mais celles du commerce se sont réduites entre fin 2021 et fin 2022. D’autres éléments entrent en jeu : des coûts encore élevés, des contrats signés avant la baisse des cours, l’écoulement progressif des stocks, les négociations commerciales et, ponctuellement, une reconstitution des marges. Ainsi, plusieurs facteurs se superposent pour maintenir les prix à un niveau élevé.
Le choc énergétique de 2021-2022 s’est diffusé à travers toute la chaîne alimentaire, des engrais aux rayons des supermarchés. Sa décrue suit le même chemin, mais avec des délais et des intensités variables. Même si l’énergie recule, ses effets persistent dans les prix alimentaires actuels. Le ralentissement de l’inflation est une amélioration, mais il ne restitue pas automatiquement le pouvoir d’achat perdu. Les prix peuvent cesser d’augmenter rapidement tout en restant durablement supérieurs à leur niveau d’avant-crise, ce qui explique pourquoi les consommateurs perçoivent une hausse durable des coûts.

