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Le roman «C’était ça ou mourir» de Thélyson Orélien retiré de la sélection pour le prix Goncourt

Le Devoir · mis à jour il y a 19 j

L’Académie argue que son rôle consiste «à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes»..

Retrait du Goncourt

L’Académie Goncourt a annoncé le 25 septembre 2026 le retrait du roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien de sa sélection pour le prix Goncourt 2026. Cette décision fait suite à des accusations de plagiat et d’utilisation massive d’intelligence artificielle (IA) pour rédiger l’ouvrage. Le prix Goncourt, créé en 1903, est l’un des plus prestigieux en France pour la littérature francophone. L’Académie justifie son choix en invoquant la nécessité de préserver l’intégrité de son prix, dont la mission est de « promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes ». Elle précise vouloir envoyer un message clair contre l’usage de l’IA dans la création littéraire, estimant que cela menace la valeur même de l’écriture humaine. La deuxième liste de la sélection Goncourt sera publiée le 6 octobre 2026.

Accusations d'IA et plagiat

Plusieurs analyses menées par des chercheurs et journalistes ont conclu que C’était ça ou mourir, best-seller de la rentrée littéraire 2026, était « très largement le produit d’une IA ». Ces révélations s’ajoutent à des allégations de plagiat datant de plus de dix ans au Québec, où Orélien a publié certains de ses textes. Le roman raconte le voyage d’un professeur fuyant un pays ravagé par les gangs, un thème qui n’a pas influencé les accusations. L’auteur a été confronté à ces révélations alors qu’il présentait son livre au public, comme lors du festival du livre de Manosque le 25 septembre, où il a été accueilli par des applaudissements. Orélien a déclaré se sentir victime d’une volonté de le faire taire, évoquant une attaque personnelle plutôt qu’une critique littéraire.

Rôle de l'initiateur

Le compte anonyme Balance ton Claude sur le réseau social X a joué un rôle central dans la révélation des accusations. Le 22 septembre 2026, ce compte affirmait que le livre était « presque intégralement » rédigé par une IA. L’essayiste Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro, a finalement reconnu le 25 septembre être l’un des membres de ce « projet collectif » visant à défendre la littérature. Fitoussi, bien que techno-optimiste, craint que l’IA ne menace la lecture et l’écriture, fondements de la civilisation. Il a précisé que les motivations du groupe n’étaient pas politiques ni liées au thème du livre, mais visaient à alerter sur les dangers de l’IA dans la création littéraire.

Réactions du monde éditorial

Le monde de l’édition réagit rapidement à cette affaire, qui marque la première polémique majeure liée à l’IA dans le milieu littéraire français. Arnaud Nourry, ancien PDG de Hachette, a souligné la nécessité pour les éditeurs de « réagir vite, sans panique mais sans naïveté », afin d’éviter un doute durable sur la valeur des livres. Au Québec, les éditions du Boréal, qui ont publié le roman au printemps 2026, ont suspendu ses activités promotionnelles. Le Salon du livre de l’Estrie a également exclu Orélien de sa programmation, lui retirant le titre d’invité d’honneur. En France, aucune décision n’a encore été prise concernant la tournée de promotion du livre, qui devait se poursuivre dans plusieurs librairies.

Conséquences pour l'auteur

Thélyson Orélien, auteur canado-haïtien, est au cœur d’une polémique qui dépasse le cadre littéraire. Bien que son livre ait remporté le prix du roman Fnac le 22 septembre 2026 et figuré dans les sélections de plusieurs prix prestigieux (Fémina, Médicis), son avenir dans le milieu éditorial est incertain. Les éditions Grasset, qui distribuent le livre en France, n’ont pas encore réagi publiquement. Orélien, visiblement affecté, a déclaré être « prêt à s’exprimer quand tout sera calme », évoquant une volonté de le faire taire. Son roman, traduit dans plusieurs langues, reste un phénomène de la rentrée littéraire, mais son statut d’auteur est désormais remis en question.

Ce que ça pourrait changer

Cette affaire survient dans un contexte où l’IA générative, comme les modèles de langage, se développe rapidement et pose des défis inédits au monde de la création. Jusqu’à présent, le milieu littéraire français n’avait pas établi de règles collectives pour encadrer son usage. L’Académie Goncourt, en réagissant fermement, envoie un signal fort contre l’utilisation de ces outils dans la rédaction d’œuvres littéraires. Cette décision pourrait influencer les pratiques futures des auteurs, éditeurs et institutions culturelles. Par ailleurs, le débat dépasse la question de l’IA : il interroge aussi la notion d’authenticité et de propriété intellectuelle dans un monde où les frontières entre création humaine et automatisée s’estompent.

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