L’or brun que l’on gaspille
La gestion des urines et matières fécales humaines utilise de grandes quantités d’eau et pollue les rivières en y envoyant trop de nutriments. Or ces nutriments sont des engrais que l’agriculture pourrait utiliser à la place des produits de synthèse.
Le blocage du détroit d'Ormuz en juillet 2026 a provoqué une hausse de 47 % des prix des engrais azotés de synthèse, comme l'urée, passant de 487,5 dollars la tonne à 715 dollars. Cette situation illustre la fragilité des systèmes alimentaires mondiaux, dépendants à 30 % de ces engrais qui transitent par ce détroit stratégique. En 2022, lors de la guerre en Ukraine, les prix avaient déjà atteint 1 000 dollars la tonne. Le gaz naturel, indispensable à la fabrication de ces engrais, est également bloqué, aggravant la crise. Cette dépendance met en lumière l'urgence de trouver des alternatives locales pour sécuriser l'approvisionnement alimentaire.
Les systèmes d'assainissement conventionnels, comme les stations d'épuration, traitent les urines et matières fécales en utilisant jusqu'à 30 litres d'eau potable par litre d'urine, ce qui dilue les nutriments essentiels. Cette dilution empêche leur recyclage en engrais naturels et contribue à la pollution des rivières par un excès de nutriments. Par exemple, un litre d'urine évacué par les toilettes entraîne en moyenne 20 à 30 litres d'eau, gaspillant ainsi une ressource précieuse. Ce système linéaire, qui détruit l'azote des excrétats humains, aggrave aussi les prélèvements d'eau et la pollution aquatique.
L'azote est un nutriment essentiel à la croissance des plantes, mais son cycle naturel est perturbé par l'usage massif d'engrais de synthèse. Le procédé Haber-Bosch, développé au début du XXe siècle, permet de produire de l'ammoniac à partir de l'azote de l'air et du gaz naturel, utilisé ensuite pour fabriquer des engrais. Cependant, ce procédé consomme beaucoup d'énergie et de ressources fossiles. Les perturbations de ce cycle, notamment via les rejets d'engrais dans les milieux aquatiques, contribuent à l'un des dépassements des neuf limites planétaires, selon les scientifiques. Cela menace l'équilibre écologique et la disponibilité future des ressources.
Les urines et matières fécales humaines contiennent des nutriments comme l'azote et le phosphore, qui pourraient être transformés en engrais naturels pour l'agriculture. Des initiatives locales montrent qu'il est possible de récupérer ces nutriments avant qu'ils ne polluent les rivières. Par exemple, des systèmes de séparation à la source permettent de collecter l'urine et les fèces pour les composter ou les traiter, évitant ainsi leur dilution dans l'eau. Ces pratiques s'inscrivent dans une logique de circularité, où les déchets deviennent des ressources. Elles renforcent aussi la souveraineté alimentaire en réduisant la dépendance aux engrais importés.
Plusieurs alternatives existent pour réduire la dépendance aux engrais de synthèse. Les plantes dites fixatrices d'azote, comme les lentilles ou les pois, captent naturellement cet élément grâce à des bactéries symbiotiques, limitant ainsi les besoins en engrais. Les pratiques agroécologiques, comme la rotation des cultures ou la polyculture-élevage, favorisent aussi la valorisation des excrétats animaux comme engrais. Ces méthodes permettent de préserver les sols et de limiter la pollution. En France, des études comme celle du PIREN-Seine soulignent l'importance de ces approches pour un système alimentaire plus résilient.
La gestion des eaux usées et des excrétats humains a un impact climatique direct. L'utilisation d'eau potable pour les chasses d'eau gaspille des ressources déjà rares, notamment en période de sécheresse. En 2024, des centaines de communes en France ont été privées d'eau potable, rendant les toilettes à chasse d'eau inutilisables. De plus, la dilution des urines dans les eaux usées réduit l'efficacité des stations d'épuration et augmente leur consommation d'énergie. Des solutions comme les toilettes sèches ou les systèmes de séparation à la source pourraient atténuer ces problèmes tout en recyclant les nutriments.

