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Généraliste

Permettre aux voix citoyennes de s’exprimer offre un antidote à la centralisation

Le Devoir · mis à jour il y a 10 j

L’État ne peut tout décider et traiter les grandes villes et les régions comme des ânes bâtés..

Centralisation de l'État

Depuis plusieurs décennies, le Québec a connu une centralisation accrue des missions de l'État, notamment en éducation, santé, environnement, transport et développement régional. Par exemple, les Conseils régionaux de la Santé et des services sociaux ont été supprimés, les commissions scolaires remplacées par des centres de services scolaires nommés par le gouvernement, et les centres locaux de développement (CLD) ainsi que les Conférences régionales des élus (CRÉ) ont été dissous en 2015. Cette centralisation, qualifiée de paternaliste et liberticide, a pour effet de réduire la capacité d'action des régions en imposant des solutions uniformes, souvent inadaptées à leurs réalités locales. Les auteurs soulignent que cette approche alourdit la prise de décision et ignore les besoins spécifiques des territoires.

Conséquences régionales

La centralisation a pour conséquence de bâillonner la voix des régions, en les traitant comme des entités passives plutôt que comme des acteurs autonomes. Les auteurs citent l'exemple de la loi de 2003, qui a confié le développement régional aux municipalités, mais en les maintenant sous contrôle strict, sans leur donner de véritable pouvoir décisionnel. Cette situation a affaibli le sentiment de responsabilité des citoyens envers leur territoire et nourri un climat de méfiance et de cynisme. Les régions, privées de moyens d'expression, voient leur dynamisme et leur capacité d'innovation réduits, ce qui limite leur contribution au développement global du Québec.

Proposition des auteurs

Pour contrer cette centralisation, les auteurs proposent de créer des instances régionales élues au suffrage universel pour chaque grande mission de l'État, comme les centres de services scolaires, les centres régionaux de Santé Québec ou les conseils régionaux de la culture. Ces instances seraient représentées dans une assemblée régionale de planification et de développement, présidée par un préfet élu. Les acteurs de la société civile, organisés en 22 pôles régionaux (dont 3 pour les Premières Nations), seraient intégrés comme partenaires incontournables. Cette assemblée disposerait d'un budget pour embaucher des experts et soutenir les prises de décision locales. L'objectif est de favoriser une politique de développement territorial concertée, collaborative et innovante, adaptée aux spécificités de chaque région.

Rôle de l'État

Les auteurs précisent que la souveraineté de l'État ne s'oppose pas à la souveraineté populaire, mais en est l'instrument régulateur. Ils rappellent que l'État québécois a historiquement joué un rôle unificateur, comme en témoignent des initiatives telles que la Caisse de dépôt, les centres de la petite enfance (CPE) ou les fonds de travailleurs fiscalisés. Ils citent Jean Bodin, Spinoza ou Rousseau pour rappeler que l'État doit arbitrer les différences et favoriser le bien-être collectif. Cependant, les auteurs critiquent le fait que, depuis les années 1980, la centralisation a progressivement réduit cette capacité d'arbitrage au profit d'un contrôle accru, limitant ainsi l'autonomie des régions.

Ce que ça pourrait changer

Les auteurs insistent sur l'urgence de rendre la parole aux citoyens et de leur permettre de se mobiliser autour des enjeux qui les concernent directement. Ils rappellent que le Québec a déjà été un leader en matière de développement régional, notamment avec la création des CLD et CRD en 1997 ou du **Chantier de l'économie sociale** à la même période. Cependant, depuis, la centralisation a étouffé ces initiatives. Ils concluent en citant Sénèque : *« Ce n’est pas parce que nous osons que les choses sont difficiles, mais parce que nous n’osons pas »*, soulignant que l'action collective est essentielle pour éviter un retour à une forme de *Grande Noirceur*, période marquée par un contrôle étatique excessif. Ils appellent les partis politiques à s'engager clairement contre la centralisation lors de la campagne électorale en cours.

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