Ces sites qui ne veulent plus être inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco
Loin d’être un Graal qui permet de financer la restauration et l’entretien de sites remarquables, le patrimoine mondial de l’Unesco est aussi accusé de promouvoir le surtourisme et la gentrification. Au point que certains lieux demandent leur retrait de la prestigieuse liste, détaille la BBC..
Le label Patrimoine mondial de l’Unesco a été créé en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Son objectif initial était de protéger les sites culturels et naturels menacés par les conflits, l’industrialisation et la modernité. L’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) est une agence spécialisée de l’ONU, reconnue pour son influence mondiale en matière de conservation du patrimoine. Aujourd’hui, la liste compte 1 248 sites répartis dans 170 pays, dont des monuments historiques, des parcs naturels ou des villes entières. Le label est souvent perçu comme un gage de prestige, permettant d’attirer des financements internationaux pour la restauration et l’entretien des sites.
Inscrire un site au patrimoine mondial de l’Unesco offre plusieurs avantages. D’abord, cela peut catapulter un lieu méconnu sur la scène internationale, en le rendant mondialement reconnu. Ensuite, le label facilite l’accès à des financements pour la conservation, grâce à des partenariats avec des organisations internationales ou des États. Par exemple, le site d’Angkor au Cambodge, gravement endommagé par la guerre, a bénéficié de décennies de travaux de restauration financés en partie par l’Unesco. Enfin, le label peut stimuler le tourisme, ce qui génère des revenus pour les populations locales et les économies régionales.
Cependant, le label Unesco est désormais accusé de contribuer au surtourisme, un phénomène où un afflux massif de visiteurs menace la préservation des sites et la qualité de vie des habitants. Avec l’essor des réseaux sociaux, des lieux autrefois discrets deviennent des destinations virales, attirant des millions de touristes. Par exemple, Angkor, autrefois un site archéologique isolé, est aujourd’hui envahi par des visiteurs, ce qui perturbe la vie locale. Le phénomène de muséification désigne la transformation progressive d’un lieu de vie en un site entièrement tourné vers les touristes, au détriment des résidents. Cela s’accompagne souvent de gentrification, une hausse des prix de l’immobilier et des loyers, rendant la vie quotidienne plus difficile pour les habitants.
Face à ces problèmes, certains sites demandent officiellement leur désinscription de la liste Unesco. C’est le cas du village slovaque de Vlkolinec, connu pour ses maisons traditionnelles des Carpates, ou de la zone de conservation de Ngorongoro en Tanzanie. Ces demandes seront examinées lors de la prochaine session du Comité du patrimoine mondial. Jusqu’à présent, seulement trois sites ont réussi à quitter la liste : le sanctuaire de l’oryx arabe d’Oman, la vallée de l’Elbe à Dresde (Allemagne) et le port marchand de Liverpool (Royaume-Uni). Ces exemples montrent que la désinscription est possible, mais reste exceptionnelle.
L’Unesco doit désormais trouver un équilibre entre la protection des sites et la gestion du tourisme de masse. Le label, autrefois synonyme de prestige, est aujourd’hui critiqué pour son rôle dans la *muséification* et la gentrification. Les réformes envisagées pourraient inclure des **mesures de régulation du tourisme**, comme des quotas de visiteurs ou des restrictions d’accès. Par ailleurs, l’Unesco pourrait privilégier des sites moins exposés, afin d’éviter la saturation. Ces défis soulèvent une question : le label doit-il continuer à promouvoir le tourisme, ou se recentrer sur la protection des sites et des populations locales ?

