Devenir une « ville éponge » : le combat de Berlin contre la sécheresse
Face aux extrêmes climatiques, Berlin accélère sa mutation en « ville éponge », mêlant végétalisation, rétention des eaux et mobilisation citoyenne. Une ambition politique inédite qui essaime.
Berlin fait face à une sécheresse croissante depuis plusieurs années, un phénomène aggravé par le changement climatique. Les précipitations annuelles ont diminué de 15 % depuis 2000, passant sous la barre des 550 millimètres par an, un niveau considéré comme critique pour les écosystèmes urbains. Cette situation menace les réserves d’eau potable, dépendantes des nappes phréatiques, dont le niveau a baissé de 2 mètres en moyenne depuis 2010. Les étés 2018, 2019 et 2020 ont été particulièrement secs, avec des températures dépassant régulièrement 35 °C, ce qui a accéléré l’évaporation des sols. La ville, qui compte 3,7 millions d’habitants, dépend à 70 % de ses eaux souterraines pour son approvisionnement, une ressource de plus en plus fragile. Les autorités locales s’inquiètent de la durabilité de ce modèle, d’autant que les projections climatiques annoncent une poursuite de cette tendance dans les décennies à venir.
Pour lutter contre la sécheresse, Berlin mise sur le concept de « ville éponge », inspiré des écosystèmes naturels capables d’absorber et de retenir l’eau. L’idée est de transformer la ville en un système perméable, où l’eau de pluie n’est plus évacuée rapidement par les égouts, mais infiltrée dans les sols ou stockée pour un usage ultérieur. Ce modèle s’oppose à l’urbanisation traditionnelle, imperméabilisée par le béton et l’asphalte, qui favorise les inondations en cas de fortes pluies et aggrave la sécheresse en empêchant la recharge des nappes. À Berlin, cette approche implique de végétaliser les espaces urbains, de désimperméabiliser les sols et de créer des bassins de rétention pour capter l’eau. La ville s’appuie sur des études montrant que 30 % des surfaces imperméables pourraient être rendues perméables d’ici 2030, un objectif ambitieux mais nécessaire.
Plusieurs projets pilotes illustrent cette stratégie à Berlin. Le quartier de Tempelhofer Feld, ancien aéroport reconverti en parc public, est un exemple emblématique : ses sols sableux, autrefois compactés par les avions, ont été restaurés pour favoriser l’infiltration de l’eau. Résultat, la nappe phréatique sous le site a remonté de 50 centimètres en cinq ans. Un autre projet concerne les toits verts, comme celui de l’hôpital Charité, où 1 000 m² de végétation ont été installés pour retenir jusqu’à 60 % des précipitations. La ville a également lancé un programme de « désimperméabilisation » des cours d’école et des parkings, remplaçant l’asphalte par des matériaux poreux. Ces initiatives sont coordonnées par le Senat de Berlin (gouvernement régional) et financées à hauteur de 5 millions d’euros par an depuis 2021, avec l’appui de l’Agence fédérale de l’environnement (Umweltbundesamt).
Malgré ces efforts, Berlin rencontre des obstacles majeurs. Le premier est d’ordre économique : les travaux de désimperméabilisation coûtent entre 50 et 100 € par mètre carré, un budget difficile à mobiliser pour une ville endettée. Ensuite, la résistance des habitants et des entreprises freine certains projets, notamment lorsque des parkings ou des places de jeu doivent être modifiés. Enfin, le changement climatique impose une adaptation constante : les pluies deviennent plus intenses mais moins fréquentes, ce qui complique la gestion des eaux. Par exemple, en 2021, une averse de 30 mm en une heure a provoqué des inondations localisées, malgré les mesures de rétention. Les experts soulignent aussi que ces solutions ne suffiront pas à long terme sans une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre, un enjeu qui dépasse le cadre municipal.
Berlin n’est pas la seule ville européenne à adopter cette approche. Copenhague, au Danemark, a réduit de 30 % ses surfaces imperméables depuis 2010 et vise la neutralité carbone d’ici 2025, en partie grâce à sa gestion de l’eau. À Paris, le projet *Parisculteurs* encourage les toits végétalisés, avec 100 hectares de surfaces végétalisées prévues d’ici 2030. Ces villes partagent une même philosophie : intégrer la gestion de l’eau dans l’urbanisme, plutôt que de la traiter comme un problème séparé. Cependant, Berlin se distingue par l’ampleur de ses nappes phréatiques menacées et par son engagement à long terme, avec un plan *climat-neutralité* d’ici 2045. Ces comparaisons montrent que la *« ville éponge »* n’est pas une solution miracle, mais une pièce d’un puzzle plus large visant à rendre les villes résilientes face au changement climatique.

