Pierre Poilievre demande à Mark Carney de ne pas céder aux États-Unis
Le chef conservateur souligne qu’Ottawa a cédé à plusieurs exigences de M. Trump au cours de l’année écoulée..
Le Canada et les États-Unis sont engagés dans des négociations commerciales tendues, avec une échéance cruciale fixée au 19 août 2026. Les discussions portent sur l’ACÉUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique), un traité commercial remplaçant l’ancien ALENA, entré en vigueur en 2020. Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, menacent d’imposer des droits de douane supplémentaires de 50% sur plusieurs exportations canadiennes si aucun accord n’est trouvé. Les négociations s’intensifient, avec des rencontres récentes entre l’équipe commerciale canadienne, dirigée par Janice Charette (négociatrice en chef), et le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. Le Canada adopte une approche unie, dite « Équipe Canada », associant provinces, territoires et acteurs économiques pour défendre ses intérêts.
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, et son porte-parole sur les relations canado-américaines, Shuvaloy Majumdar, ont adressé une lettre au premier ministre Mark Carney pour exiger une position plus ferme face aux États-Unis. Ils critiquent les concessions récentes du gouvernement libéral, comme l’abolition de la taxe sur les services numériques (une taxe de 3% sur les géants du numérique comme Google ou Amazon) et l’annulation de droits de douane de rétorsion (taxes imposées en réponse à des mesures américaines). Les conservateurs réclament notamment l’abolition des droits de douane sur le bois d’œuvre résineux, l’acier et l’aluminium, une exemption du Canada à la loi Buy American (qui impose d’acheter des produits américains pour les projets d’infrastructure publics), et un pacte automobile sans droits similaire à l’accord de 1965. Ils proposent aussi une réserve stratégique d’énergie et de minéraux réservée aux pays offrant un accès sans droits au marché canadien.
Pierre Poilievre accuse le gouvernement libéral de céder systématiquement aux exigences américaines. Il cite trois exemples majeurs de reculs : la suppression de la taxe sur les services numériques, l’annulation de droits de douane de rétorsion (taxes imposées en réponse aux tarifs américains), et la cession de 50% des profits nets du péage sur le nouveau pont Gordie-Howe (un pont frontalier entre Windsor et Détroit). Selon lui, ces concessions ont affaibli l’économie canadienne, notamment dans le secteur manufacturier, où des pertes d’emplois ont été observées. Il dénonce également l’absence de contreparties américaines, les États-Unis continuant à imposer des pressions, comme des menaces de droits de douane ou des critiques sur le système de gestion de l’offre (un mécanisme qui protège les producteurs laitiers canadiens en limitant les importations).
Le gouvernement libéral, représenté par Dominic LeBlanc (ministre du Commerce Canada–États-Unis) et Gabriel Brunet (porte-parole), défend son bilan en mettant en avant la création d’emplois récents et la résilience du marché du travail canadien. Il souligne que les négociations avec les États-Unis s’inscrivent dans une approche collaborative, incluant les provinces et les territoires. LeBlanc précise que les discussions ont porté sur les droits sectoriels existants (comme les tarifs sur l’acier ou l’aluminium), les récentes menaces de droits de douane américains, et la possible prolongation de l’ACÉUM pour 16 ans, contrairement aux États-Unis qui proposent un système de révisions annuelles. Le gouvernement insiste sur le fait qu’aucun accord ne vaut mieux qu’un mauvais accord, tout en réaffirmant son attachement au système de gestion de l’offre, malgré les critiques américaines.
Plusieurs secteurs sont au cœur des tensions commerciales. Les Producteurs laitiers du Canada ont alerté sur le risque de concessions dans leur domaine, déjà protégé par le système de gestion de l’offre. Les États-Unis, de leur côté, dénoncent les interdictions provinciales de vente d’alcool américain et ce système, qu’ils jugent trop protecteur. Un autre point de friction est le bois d’œuvre résineux, sujet à des droits de douane américains depuis des années, et l’acier et l’aluminium, ciblés par des tarifs sous l’administration Trump. Enfin, le secteur automobile est concerné par les négociations sur un pacte sans droits, inspiré de l’accord de 1965, qui permettrait une libre circulation des véhicules entre les deux pays. Les conservateurs estiment que ces enjeux nécessitent une position plus ferme pour éviter de nouvelles concessions sans contreparties.
Les négociations doivent aboutir avant le **19 août 2026**, date à laquelle les États-Unis pourraient appliquer des **droits de douane supplémentaires de 50%** sur plusieurs exportations canadiennes. Le ministre **Dominic LeBlanc** et la négociatrice **Janice Charette** se rendront à Washington pour une nouvelle série de pourparlers cette semaine. Le Canada souhaite prolonger l’ACÉUM pour **16 ans**, tandis que les États-Unis privilégient des révisions annuelles. Les conservateurs, eux, appellent à stopper toute nouvelle concession, affirmant que **« le temps des compromis est terminé »**. Le gouvernement libéral, de son côté, maintient sa stratégie de négociation collective, tout en réaffirmant sa volonté de protéger les secteurs sensibles comme le lait ou l’énergie.

