Comment Poutine est en train de ruiner l’économie russe
La plus lourde sanction ne vient pas d’ailleurs : c’est le Kremlin L’article Comment Poutine est en train de ruiner l’économie russe est apparu en premier sur Le Grand Continent..
En 2026, la Russie consacre plus de 10% de son PIB aux dépenses militaires, un niveau inédit depuis l’époque soviétique. Cette hausse s’accompagne d’un déficit budgétaire en forte augmentation : entre janvier et juin 2026, il a doublé par rapport à 2025, atteignant 7 000 milliards de roubles, soit 2,8% du PIB. Pourtant, une partie de ces dépenses militaires (un quart) consiste en versements directs à la population, comme les salaires des soldats, les primes d’engagement ou les indemnités versées aux familles des militaires tués ou disparus. Par comparaison, le déficit budgétaire des États-Unis en 1943, avant le débarquement en Normandie, représentait 26,9% du PIB, un niveau bien plus élevé. Ces chiffres montrent que, malgré une pression budgétaire accrue, la Russie parvient encore à financer une partie de ses dépenses par des mécanismes internes, notamment sociaux.
Le coût du crédit pour les entreprises russes a dépassé 20% par an en 2026, tandis que l’inflation officielle s’élève à 6%, mais l’inflation ressentie par la population est plus de deux fois supérieure. Historiquement, la Russie a déjà connu des taux d’inflation bien plus élevés : pendant les deux premiers mandats de Vladimir Poutine, l’inflation moyenne annuelle était de 13,8%, sans pour autant empêcher une croissance économique moyenne de 7,4% par an. Ces données soulignent la résilience de l’économie russe face à des chocs inflationnistes, même si les conditions actuelles pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises.
La production pétrolière russe est en baisse, et les exportations de pétrole brut et raffiné ont reculé de 6% en 2025 par rapport à 2021, après la fermeture du marché européen, qui était son principal débouché depuis plus de quarante ans. Les frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières et de raffinage aggravent cette situation. Pourtant, le volume physique des exportations reste supérieur à celui de 2024, ce qui montre une certaine capacité d’adaptation. Cette baisse s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés sectorielles, mais elle n’a pas encore atteint un niveau critique pour l’économie russe dans son ensemble.
La Russie subit une dépendance technologique et économique croissante vis-à-vis de la Chine, remplaçant progressivement sa dépendance historique vis-à-vis de l’Occident. Cette situation s’accompagne d’une stagnation des revenus des ménages et d’une diminution de la population de près d’un million de personnes par an. Ces tendances illustrent un état de « non-développement », où l’économie russe peine à innover ou à se diversifier, malgré des ressources naturelles abondantes. La Chine devient ainsi un partenaire incontournable, mais aussi un acteur dominant dans les échanges commerciaux et technologiques.
Vladimir Poutine a, à deux reprises, libéralisé l’économie russe en réponse à des crises : au début des années 2000 et après le début de la guerre en Ukraine en 2022. Ces libéralisations ont permis des ajustements rapides, comme la simplification des réglementations, l’autorisation des « importations parallèles » ou l’annulation des droits d’auteur occidentaux. Cependant, dès que la situation semblait stabilisée, Poutine a rétabli des méthodes typiques de l’économie soviétique, comme l’augmentation des impôts, la nationalisation d’entreprises ou le contrôle accru de l’État sur les secteurs clés. Cette alternance entre libéralisation et recentralisation crée une instabilité économique et décourage les investissements.
Depuis 2024, plus de 6 000 milliards de roubles d’actifs (75 milliards d’euros, soit 3,2% du PIB russe) ont été saisis par l’État, incluant des aéroports comme Domodedovo, des groupes agroalimentaires comme Rusagro ou des sociétés aurifères comme Yuzhuralzoloto. Ces nationalisations visent à punir les entreprises jugées déloyales ou à renforcer le contrôle de l’État sur l’économie. Cependant, elles ont des effets pervers : les entreprises, même fidèles, craignent pour leurs actifs et réduisent leurs investissements. Par exemple, les tentatives de revente des actifs confisqués se font à des prix bien inférieurs à leur valeur initiale, ce qui décourage les acheteurs potentiels.
Les investissements en Russie ont chuté de 14,3% au premier trimestre 2026, reflétant la méfiance des entreprises face à l’instabilité économique et aux politiques de recentralisation. L’indice de la Bourse de Moscou a enregistré 19 semaines consécutives de baisse en 2026, un record qui illustre la défiance des marchés. Cette situation s’explique par plusieurs facteurs : les nationalisations, l’augmentation des impôts (comme la TVA passée de 18% à 22% et l’impôt sur le revenu de 13% à 22% depuis 2019), et les restrictions imposées aux entreprises étrangères. Les entrepreneurs, même proches du pouvoir, hésitent à engager des fonds dans un environnement perçu comme imprévisible.

