Le contre-exemple albertain
La réplique conciliante de Mark Carney au séparatisme albertain risque bien de lui avoir lié les mains face au Québec..
L’Alberta, province de l’Ouest canadien riche en ressources pétrolières, connaît un mouvement séparatiste croissant. Un sondage réalisé par Janet Brown indique que seulement 23 % des Albertains souhaiteraient voter pour une indépendance lors d’un référendum prévu le 19 octobre 2024. Cependant, 42 % des Albertains pourraient voter oui pour « envoyer un message » à Ottawa (le gouvernement fédéral), même sans intention réelle de quitter le Canada. Ce sentiment d’aliénation s’explique par des décennies de frustration face à des politiques fédérales perçues comme défavorables. Le premier ministre canadien, Mark Carney, a tenté d’apaiser ces tensions en assouplissant des mesures environnementales et en accélérant des projets comme l’oléoduc Pacific Link, malgré les compromis climatiques pris.
Face à ce mouvement séparatiste albertain, le gouvernement fédéral de Mark Carney a adopté une attitude conciliante, voire conciliante à sens unique. Il a notamment abandonné le plafond d’émissions pour les secteurs pétrolier et gazier, supprimé la tarification carbone pour les consommateurs et allégé les évaluations environnementales des grands projets. Ces concessions visent à calmer les tensions dans l’Ouest, mais elles pourraient avoir des conséquences inattendues. En effet, le Québec, où le Parti québécois (PQ) pourrait être élu le 21 octobre 2024 selon les sondages, observe ces gestes avec attention. Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a déjà critiqué des propositions fédérales comme une possible hausse de l’immigration temporaire ou le maintien de la monarchie, et prépare une stratégie constitutionnelle pour s’opposer à Ottawa.
Le Québec, avec un gouvernement péquiste potentiellement souverainiste, pourrait devenir un nouveau front pour les tensions avec Ottawa. Mark Carney a déjà montré qu’il privilégiait les compromis avec les provinces en désaccord, comme l’Alberta, plutôt que de chercher à convaincre celles qui s’opposent, comme le Québec. Le Livre bleu du PQ, un document programmatique, pourrait proposer des revendications limitées en matière de transferts en santé, d’immigration ou de pouvoirs constitutionnels. Cependant, le premier ministre fédéral semble peu enclin à négocier, comme en témoignent ses récentes décisions. Paul St-Pierre Plamondon pourrait donc exploiter ces disparités pour renforcer la position québécoise, notamment en matière de souveraineté ou de relations internationales, où le Québec cherche à s’affirmer face à des acteurs comme les États-Unis (avec Donald Trump) ou le Royaume-Uni (pour la monarchie).
Les gestes de **Mark Carney** envers l’Alberta, perçus comme des concessions unilatérales, pourraient alimenter un sentiment d’injustice au Québec. Si le gouvernement fédéral continue à privilégier les provinces en désaccord plutôt que celles qui s’opposent, cela pourrait renforcer les mouvements indépendantistes dans les deux régions. Les sondages montrent que le **Parti libéral du Canada (PLC)** devance le PQ au Québec (**44 %** contre **30 %**), mais cela ne garantit pas une modération des revendications québécoises. **Paul St-Pierre Plamondon**, dont le parti pourrait former un gouvernement majoritaire, a déjà indiqué qu’il n’hésiterait pas à contester les décisions fédérales, comme la gestion de l’immigration ou les transferts en santé. Cette dynamique pourrait mener à une polarisation accrue entre Ottawa et les provinces, avec des conséquences imprévisibles pour l’unité canadienne.

