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Culture

Belgique : l'extrême droite privée de direct

France Culture - Savoirs · mis à jour 25 sept.

Depuis 1991, les médias belges francophones maintiennent un cordon médiatique autour des partis liberticides : ils ne les reçoivent pas en direct, même au nom du pluralisme. À l’heure des réseaux sociaux, alors que l'extrême droite se globalise, enquête sur un dispositif fragilisé mais qui résiste..

Cordon médiatique belge

En Belgique francophone, les médias appliquent depuis 1991 un cordon sanitaire médiatique envers les partis d'extrême droite. Cette règle interdit aux chaînes de radio et de télévision d'inviter directement leurs représentants en plateau, même au nom du pluralisme. L'objectif est de respecter la déontologie journalistique qui interdit les discriminations et protège la dignité humaine. Contrairement à la Flandre, où l'extrême droite représente environ 25 % de l'électorat, en Wallonie et à Bruxelles, ces partis obtiennent des scores très faibles, bien en dessous du seuil électoral de 5 %. Cette mesure est obligatoire et encadrée par des institutions comme le Conseil supérieur de l'audiovisuel belge et le Conseil de déontologie journalistique, qui veillent à son application. Elle s'appuie sur la Convention européenne des droits de l'homme, garantissant le respect des valeurs fondamentales comme la non-discrimination.

Origine et fondement

Le cordon sanitaire médiatique belge trouve son origine dans une volonté de protéger les valeurs démocratiques et les droits humains. Il a été instauré il y a 35 ans, en 1991, pour éviter la banalisation des discours extrémistes. Cette règle est validée par le Conseil d'État belge, qui confirme sa conformité avec les principes constitutionnels et internationaux. Elle repose sur l'idée que les médias ont une responsabilité sociale : ne pas donner une tribune aux idées qui nient les droits fondamentaux ou incitent à la haine. En Belgique francophone, cette approche est largement acceptée, car elle est perçue comme un rempart contre la montée des discours populistes et xénophobes.

Application concrète

En pratique, les médias belges francophones n'invitent pas les représentants de l'extrême droite en direct, mais ils peuvent relayer leurs déclarations en les contextualisant. Par exemple, un parti comme le Vlaams Belang en Flandre, qui obtient des scores électoraux significatifs, est régulièrement invité dans les médias. En revanche, en Wallonie et à Bruxelles, les partis d'extrême droite comme le Front National (devenu Parti populaire) ou DéFI (Démocrate fédéraliste indépendant) ne bénéficient pas de cette visibilité. Les médias belges francophones privilégient des interventions indirectes, comme des analyses ou des débats avec des experts, pour éviter de légitimer ces partis. Cette approche vise à concilier liberté d'expression et responsabilité médiatique.

Comparaison avec la France

En France, la situation est très différente. Des chaînes comme CNews ont intégré dans leur grille des chroniqueurs et invités aux positions conservatrices ou d'extrême droite, sans restriction. Par ailleurs, l'audiovisuel public français, comme France 2, a récemment recruté des journalistes aux idées assumées, comme Eugénie Bastié, pour des émissions politiques. Cette évolution contraste avec la Belgique, où le cordon sanitaire reste une règle stricte. En France, le débat sur la légitimité de l'invitation de l'extrême droite dans les médias est vif, notamment en période électorale. Certains estiment que le pluralisme exige de donner la parole à tous, tandis que d'autres craignent une normalisation des discours extrémistes.

Débat sur la légitimité

La question de savoir s'il faut débattre avec l'extrême droite divise les journalistes et les citoyens. En Belgique, le cordon sanitaire est défendu comme un outil de protection de la démocratie, tandis qu'en France, certains médias estiment que le silence est une forme de censure. Le reportage de France Culture met en lumière ce débat, en interrogeant les effets réels de cette règle sur l'électorat. Certains observateurs soulignent que le cordon sanitaire pourrait affaiblir la crédibilité des partis d'extrême droite en les privant de visibilité, tandis que d'autres craignent qu'il ne renforce leur victimisation. En Belgique, cette règle est perçue comme un rempart, mais sa solidité est régulièrement questionnée, notamment avec la montée des réseaux sociaux, où les discours extrémistes circulent librement.

Ce que ça pourrait changer

Le cordon sanitaire médiatique belge est aujourd'hui fragilisé par l'essor des réseaux sociaux, où les partis d'extrême droite peuvent contourner les médias traditionnels. Pourtant, il résiste grâce à un cadre juridique strict et à une volonté collective des rédactions. Le reportage explore les perspectives d'exportation de ce modèle dans d'autres pays, comme la France, où le débat fait rage. En Belgique, l'enjeu est de maintenir un équilibre entre liberté d'expression et protection des valeurs démocratiques. Les institutions comme le *Conseil supérieur de l'audiovisuel* et le *Conseil de déontologie journalistique* jouent un rôle clé dans ce maintien. Cependant, la question de son efficacité à long terme reste ouverte, notamment face à la globalisation des discours extrémistes.

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