En limitant les data centers, New York lance un mouvement aux États-Unis
Le moratoire prononcé par les autorités de l'État de New York porte un coup d'arrêt à la construction de nouveaux centres de données, pour une durée d'un an. Une première historique, sûrement loin d'être la dernière.
En décembre 2023, l’État de New York a adopté une loi pour restreindre la construction de nouveaux data centers (centres de données en français) dans certaines zones. Cette décision s’inscrit dans une volonté de réduire la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre liées à ces infrastructures. Les data centers sont des bâtiments équipés de serveurs informatiques qui stockent et traitent des données numériques, comme les requêtes sur internet ou les services cloud. Ces installations consomment d’énormes quantités d’électricité, souvent issue de sources fossiles, et génèrent une chaleur importante, nécessitant des systèmes de refroidissement énergivores. La loi new-yorkaise cible particulièrement les zones où le réseau électrique est déjà saturé, comme la région de New York City, pour éviter une surcharge du système et des coupures de courant. Elle prévoit aussi des incitations pour encourager les centres de données existants à adopter des technologies plus sobres en énergie.
La décision de New York intervient dans un contexte où l’État fait face à des défis majeurs en matière d’approvisionnement électrique. En 2023, New York a connu une hausse de 3 % de sa consommation d’électricité par rapport à l’année précédente, en partie due à la croissance des data centers. Ces infrastructures représentent désormais environ 2 % de la consommation électrique totale de l’État, un chiffre qui pourrait doubler d’ici 2030 si aucune mesure n’est prise. Par ailleurs, l’État s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 85 % d’ici 2050, un objectif difficile à atteindre sans limiter la prolifération des centres de données. La loi vise donc à concilier le développement numérique avec les impératifs climatiques, en évitant une dépendance accrue aux énergies fossiles pour alimenter ces infrastructures.
La nouvelle réglementation a suscité des réactions contrastées parmi les acteurs économiques et politiques de New York. Les défenseurs de l’environnement, comme le groupe Environmental Advocates NY, saluent une mesure nécessaire pour protéger le climat et les ressources énergétiques locales. À l’inverse, des entreprises technologiques et des promoteurs immobiliers critiquent cette restriction, arguant qu’elle pourrait freiner l’innovation et la compétitivité de l’État. Certains élus locaux, notamment dans les zones rurales, voient aussi dans les data centers une source de revenus fiscaux et d’emplois. La loi prévoit cependant des exceptions pour les projets déjà en cours ou ceux utilisant des énergies renouvelables, afin de limiter l’impact sur l’économie. Cette mesure pourrait inspirer d’autres États américains, comme la Californie ou le Texas, où la croissance des centres de données pose des défis similaires.
La décision de New York pourrait marquer le début d’un mouvement plus large aux États-Unis pour encadrer le développement des *data centers*. D’autres États, confrontés à des problèmes de surcharge électrique ou de pénurie d’eau (les centres de données consomment aussi d’importantes quantités d’eau pour leur refroidissement), pourraient s’inspirer de cette approche. Par exemple, en Virginie, où se concentre une grande partie des centres de données du pays, des discussions sont en cours pour limiter leur expansion. Cette tendance reflète une prise de conscience croissante aux États-Unis des limites physiques et environnementales du numérique. Elle s’inscrit aussi dans un débat plus large sur la sobriété énergétique, alors que le pays cherche à concilier innovation technologique et transition écologique.

