Il y a urgence à surveiller le glacier Wilkes, ce mastodonte de l’Antarctique qui risque de fondre
L’ESSENTIEL Le bassin de Wilkes, en Antarctique, est gelé, et en partie situé sous le niveau de la mer. Si toute sa glace venait à fondre en raison du changement climatique, le niveau de la mer global monterait de 3 à 4 mètres.
Le bassin sous-glaciaire de Wilkes est une étendue de glace de 1 400 kilomètres sur 400 kilomètres, située en Antarctique oriental. Contrairement à d’autres régions glacées, une grande partie de ce bassin se trouve sous le niveau de la mer, jusqu’à 2 000 mètres de profondeur. Cette particularité le rend particulièrement vulnérable : si toute sa glace fondait, le niveau global des mers augmenterait de 3 à 4 mètres. Les explorateurs australiens et néo-zélandais des années 1910-1920, comme Sir Douglas Mawson ou Cecil Madigan, ont tenté de l’atteindre sans succès, en raison de son isolement et de ses conditions extrêmes. Aujourd’hui, il reste l’un des endroits les moins étudiés de la planète, malgré son importance cruciale pour l’avenir climatique.
Le risque principal vient de l’océan, dont la température oscille autour de -1,8°C au large de l’Antarctique. Bien que cela semble très froid, la glace l’est encore plus. Une légère hausse de la température de l’eau, due au réchauffement climatique ou à des modifications des courants océaniques, pourrait faire fondre les bords du bassin de Wilkes plus rapidement. Comme le substrat rocheux sous la glace s’enfonce vers les profondeurs en s’éloignant de l’océan, le recul de la glace s’auto-entretient : plus la glace fond, plus l’océan pénètre dans le bassin, accélérant encore la fonte. Ce phénomène, appelé rétroaction positive, rend la disparition de la glace difficile à stopper une fois engagée.
Il y a 3 millions d’années, pendant le Pliocène, les températures mondiales étaient 2 à 3°C plus élevées qu’à l’époque préindustrielle. À cette époque, la calotte glaciaire de l’Antarctique oriental a reculé de plusieurs centaines de kilomètres vers l’intérieur des terres, faisant monter le niveau des mers de 6 à 23 mètres. Les scientifiques craignent que le réchauffement actuel, qui pourrait atteindre des niveaux similaires d’ici la fin du siècle, provoque un scénario comparable. Les projections indiquent une accélération de la fonte et un recul spectaculaire du bassin de Wilkes, mais le délai exact reste incertain. Les sédiments marins montrent que ces changements ont radicalement modifié la géographie de l’Antarctique.
Malgré son importance, le bassin de Wilkes est extrêmement difficile à étudier. Il est protégé par une banquise exceptionnellement épaisse et compacte, rendant l’accès par la mer impossible sans des brise-glaces performants. Aucun navire ne s’est jamais approché à moins de 150 kilomètres du glacier Cook, l’un des principaux glaciers du bassin. Les images satellites ne suffisent pas, car elles ne traversent ni la glace ni l’océan. Les scientifiques doivent donc se rendre sur place, ce qui nécessite des expéditions pluriannuelles et multinationales. La station permanente la plus proche se situe à 250 kilomètres du bassin, ajoutant une couche de complexité logistique.
Pour mieux comprendre les risques, les chercheurs doivent cartographier les fonds marins et mesurer les températures océaniques autour du bassin. De nouvelles technologies, comme des capteurs robotisés ou des forages à plus de 3 kilomètres de profondeur, pourraient fournir des données cruciales. Par exemple, l’analyse des sédiments pourrait révéler jusqu’où et à quelle vitesse la glace s’est retirée lors des périodes chaudes passées. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et d’autres nations antarctiques investissent dans ces recherches, car le temps presse. Les scientifiques estiment que l’Antarctique change plus rapidement que prévu, et que des changements majeurs pourraient survenir en quelques décennies, et non en siècles.
La fonte du bassin de Wilkes aurait des répercussions bien au-delà de l’Antarctique. Une montée des mers de **3 à 4 mètres** submergerait des zones côtières habitées, déplaçant des millions de personnes. De plus, les **courants océaniques**, comme le *circulation thermohaline* (un système de courants qui redistribue la chaleur autour du globe), pourraient être perturbés par les torrents d’eau douce issus de la fonte. Cela menacerait la vie marine et modifierait les climats régionaux, avec des conséquences imprévisibles. Ces risques soulignent l’urgence d’agir pour limiter le réchauffement climatique et de mieux surveiller les régions polaires, encore mal comprises.

