Législatives au Maroc : recomposition politique ou simple changement de couleurs ?
L’ESSENTIEL Les principaux partis du pays sont arrivés en tête aux législatives du 23 septembre, mais dans un ordre différent de celui enregistré à l’issue du scrutin précédent en 2021. Avec seulement 38,02 % de participation, le scrutin souligne le décalage entre une jeunesse mobilisée sur les enjeux sociaux et sa faible représentation dans les urnes.
Les élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 ont abouti à une nouvelle répartition des 395 sièges de la Chambre des représentants. Le Parti authenticité et modernité (PAM), formation libéral-conservatrice, arrive en tête avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), centre-droit, qui obtient 66 sièges, et le Parti de l'Istiqlal, nationaliste, avec 65 sièges. Ces trois partis formaient déjà la coalition gouvernementale sortante. Le Parti de la justice et du développement (PJD), islamiste conservateur, enregistre un retour surprenant avec 54 sièges contre seulement 4 en 2021. En 2021, le RNI avait remporté 102 sièges, le PAM 87 et l'Istiqlal 81. La participation s'élève à 38,02 %, un taux inférieur à celui de 2021 (plus de 50 %).
Le faible taux de participation (38,02 %) reflète un décalage entre les jeunes Marocains, très mobilisés sur les réseaux sociaux en 2025 pour des revendications sociales (emploi, éducation, santé), et leur faible représentation dans les urnes. Les 18-24 ans ne représentent que 4 % des inscrits sur les listes électorales, alors qu'ils forment une part importante de la population. Cette abstention ne s'explique pas uniquement par un désintérêt, mais aussi par une défiance envers les partis traditionnels, un sentiment d'inefficacité du vote ou une crise de confiance dans le système politique. Les partis peinent à transformer les mobilisations sociales en représentation politique institutionnelle.
Le PAM et le RNI, bien que concurrents lors de ces législatives, ont tous deux participé à la coalition gouvernementale sortante. Le RNI, fondé en 1978, est un parti libéral de centre-droit, proche des milieux entrepreneuriaux, avec un programme axé sur le pouvoir d'achat et l'investissement privé. Le PAM, créé en 2008 et souvent perçu comme proche du pouvoir royal, se revendique de centre gauche et social-libéral. Leur affrontement électoral en 2026, marqué par l'entrée en politique de Fouzi Lekjaâ (ancien président de la fédération marocaine de football) au PAM, illustre une dynamique de circulation des élites entre secteurs publics, privés et médiatiques. Leur différenciation reste limitée, car ils partagent un héritage gouvernemental commun.
La science politique utilise le terme de « transhumance politique » pour décrire les changements d'allégeance des élus entre partis, souvent motivés par des stratégies individuelles ou des recompositions locales. Ce phénomène, qui n'est pas nouveau au Maroc, repose sur l'influence des notabilités : des figures locales (entrepreneurs, élus, personnalités connues) capables de mobiliser des ressources pour transformer leur territoire. Lorsqu'un élu change de parti, la circonscription peut changer de couleur politique, mais les réseaux de pouvoir persistent. Ces mouvements répondent à des logiques structurelles, comme la recherche d'un meilleur accès aux ressources ou un repositionnement stratégique.
Les résultats des législatives montrent une recomposition de la carte parlementaire, mais celle-ci ne garantit pas une transformation profonde du système politique. L'enjeu réside dans la capacité des nouveaux rapports de force à modifier concrètement les politiques publiques : répartition des ressources, exercice des compétences territoriales, réduction des inégalités spatiales. Les partis au pouvoir, co-responsables du bilan gouvernemental précédent, devront prouver leur capacité à corriger les politiques qu'ils ont contribué à mettre en place. La véritable portée du scrutin dépendra donc de l'action publique et de sa perception par les citoyens, bien plus que des étiquettes partisanes.

