Législatives au Maroc : recomposition politique ou simple changement de couleurs ?
Les législatives marocaines du 23 septembre 2026 ont redistribué les cartes parlementaires, mais cette recomposition reflète-t-elle une transformation durable des rapports de force ou un simple déplacement des étiquettes politiques au sein d’un système inchangé ? Entre une jeunesse mobilisée sur des enjeux sociaux et une abstention record, le scrutin interroge la capacité des partis à incarner une demande de changement, alors même que les acteurs du pouvoir sortant restent en lice.
Quels sont les résultats électoraux marquants et comment se distinguent-ils de ceux de 2021 ?
Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI, 66 sièges) et l’Istiqlal (65 sièges), alors que le RNI avait remporté le scrutin de 2021 avec 102 sièges. Le Parti de la justice et du développement (PJD), islamiste, réalise un retour surprenant avec 54 sièges après n’en avoir obtenu que 4 en 2021.
Pourquoi la participation électorale de 38,02 % est-elle un indicateur significatif ?
Ce taux, bien inférieur à celui de 2021 (plus de 50 %), révèle un décalage entre une jeunesse active sur les réseaux sociaux et les enjeux sociaux (emploi, éducation, santé) et une défiance croissante envers les partis traditionnels. Il souligne aussi une crise de représentation, les 18-24 ans ne représentant que 4 % des inscrits alors qu’ils forment une part majeure de la population.
En quoi la compétition entre le RNI et le PAM illustre-t-elle les limites d’une recomposition politique ?
Bien que rivaux en 2026, ces deux partis ont fait partie de la même coalition gouvernementale sortante. Leur affrontement électoral, notamment symbolisé par l’arrivée de Fouzi Lekjaâ au PAM, pourrait relever davantage d’une stratégie de repositionnement que d’une rupture idéologique ou programmatique, masquant ainsi une continuité des élites et des réseaux de pouvoir.
Ce que ça pourrait changer
Une recomposition parlementaire sans transformation des pratiques de gouvernement risque de creuser le fossé entre les attentes citoyennes et la réalité politique. Si les partis au pouvoir ne parviennent pas à traduire leurs promesses en actions concrètes, notamment en matière de réduction des inégalités territoriales, la défiance envers le système pourrait s’aggraver, alimentant une radicalisation des mobilisations sociales.

