«On est né avec le nucléaire, mais on ne veut pas que ça devienne n’importe quoi» : dans la Manche, levée de boucliers face au «projet du siècle» d’Orano
Ce géant de l’industrie nucléaire s’apprête à lancer «Aval du futur», un gigantesque chantier pour assurer le recyclage des combustibles usés. Mais le projet fait grincer des dents, dans une région fortement dotée en infrastructures nucléaires.
Orano est une entreprise française spécialisée dans le cycle du combustible nucléaire, c’est-à-dire l’ensemble des étapes qui permettent de produire de l’électricité à partir de l’uranium, depuis son extraction jusqu’à la gestion des déchets. Elle est issue de la scission en 2018 de la branche nucléaire d’Areva, un autre acteur majeur du secteur. Orano gère notamment des sites industriels comme celui de La Hague, dans la Manche, où sont traités les combustibles usés issus des centrales nucléaires. Le projet « Aval du futur » s’inscrit dans cette continuité : il vise à moderniser et étendre les capacités de recyclage des combustibles usés, afin de récupérer des matières valorisables comme l’uranium et le plutonium. Ce type de projet est présenté comme essentiel pour optimiser l’utilisation des ressources et réduire les déchets ultimes.
Le chantier « Aval du futur » est qualifié de « projet du siècle » par Orano en raison de son ampleur et de son coût estimé à plusieurs milliards d’euros. Il prévoit la construction de nouvelles installations sur le site de La Hague, déjà l’un des plus importants centres de traitement de combustibles usés au monde. L’objectif est d’augmenter la capacité de recyclage de 1 700 tonnes par an à 2 500 tonnes, soit une hausse de près de 50 %. Ce projet s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, où les matières récupérées sont réutilisées pour produire de nouveaux combustibles ou de l’électricité. Pour les habitants de la Manche, région déjà très marquée par la présence d’infrastructures nucléaires, ce projet soulève des questions sur son impact environnemental et social.
La Manche est une région française particulièrement concernée par l’industrie nucléaire, avec notamment la centrale de Flamanville et le site de La Hague, où sont traités les combustibles usés de toutes les centrales françaises. Ce territoire abrite déjà des installations majeures comme l’usine de retraitement de La Hague, gérée par Orano, qui traite environ 1 000 tonnes de combustibles usés chaque année. La présence de ces infrastructures s’explique par des choix historiques liés à la proximité des centrales et à la gestion des déchets. Cependant, cette concentration d’activités nucléaires suscite des inquiétudes chez les riverains et les associations, qui craignent une augmentation des risques environnementaux et sanitaires.
Le projet « Aval du futur » rencontre une opposition croissante dans la Manche, où les habitants et les associations locales expriment des réserves sur ses impacts. Les principales préoccupations portent sur les risques de pollution, notamment des rejets radioactifs dans l’environnement, et sur l’augmentation du trafic de matières dangereuses. Certains craignent également que ce projet ne renforce la dépendance de la région à l’industrie nucléaire, alors que des alternatives comme les énergies renouvelables sont de plus en plus plébiscitées. Ces inquiétudes s’ajoutent à celles liées à la gestion des déchets radioactifs, un sujet déjà sensible dans la région.
Le projet « Aval du futur » ne fait pas consensus, y compris parmi les experts et les décideurs politiques. D’un côté, Orano et les autorités défendront ce projet comme une solution pour sécuriser l’approvisionnement en énergie et réduire les déchets nucléaires. De l’autre, des scientifiques, des écologistes et des élus locaux soulignent les risques associés au recyclage des combustibles usés, comme la production de plutonium, un matériau pouvant être utilisé pour fabriquer des armes nucléaires. Ce débat illustre les tensions entre la nécessité de maintenir une filière nucléaire compétitive et les impératifs de sécurité et de transparence.

