« Nous ne sommes que 2 en France » : elles réparent les parapluies cassés
Des millions de parapluies sont jetés chaque année en France. Pour y remédier à leur échelle, Claire et Aude, qui travaillaient dans le milieu médical, ont lancé leur entreprise de réparation de ces objets si fragiles.
Claire Nizan et Aude Rivière sont les seules en France à exercer le métier de réparatrice de parapluies. Installées à Mordelles, en Ille-et-Vilaine, elles ont lancé leur entreprise Reparapluie.com en 2024 après avoir racheté le stock et la clientèle d’une ancienne réparatrice, Laurence Debas, basée en Corrèze. Claire, ancienne pédicure-podologue, a eu l’idée de se reconvertir après avoir cassé un parapluie offert par son mari. Aude, infirmière aux soins intensifs, a quitté son métier en 2024 pour se lancer dans cette activité manuelle. Elles partagent aujourd’hui un atelier dans une ancienne ferme, où elles réparent des parapluies de toutes marques et de tous types, avec un savoir-faire artisanal rare.
Le métier de réparateur de parapluies est en voie de disparition en France. Autrefois très répandu, il ne reste plus que deux professionnelles à exercer ce savoir-faire, selon Claire et Aude. Leur activité consiste à restaurer des mécanismes en métal, à réparer des baleines (les tiges flexibles du parapluie), à poncer des poignées en bois ou à rhabiller les toiles avec une machine à coudre. Elles utilisent principalement des pièces détachées récupérées dans des stocks anciens ou auprès de petits fabricants français comme H2O, François ou Parapluie des Pyrénées. Seulement 20 % de leurs réparations nécessitent des pièces neuves, ce qui limite leur impact environnemental.
Depuis un an, Claire et Aude collaborent avec Rennes Métropole pour récupérer des parapluies jetés dans les déchetteries de l’agglomération. Chaque mois, elles sélectionnent environ 30 kg de parapluies, soit un tiers des objets jetés. Ces parapluies, souvent de mauvaise qualité et vendus à moins de 5 €, sont trop fragiles pour résister à une utilisation normale. Les deux réparatrices soulignent que les clients attachent une valeur sentimentale à certains modèles, comme un petit parapluie en plastique dont la réparation coûte entre 30 et 35 €, ou un parapluie en provenance du Kenya. Leur objectif est de donner une seconde vie à ces objets pour éviter qu’ils ne finissent en déchet.
Le partenariat avec Rennes Métropole s’inscrit dans une démarche de réduction des déchets. Les déchetteries de l’agglomération disposent désormais de bacs dédiés aux parapluies, où les habitants peuvent déposer leurs objets cassés. Claire et Aude récupèrent ces parapluies une fois par mois pour les réparer ou en extraire des pièces détachées. Elles estiment que 80 % de leurs réparations sont réalisées à partir de matériaux recyclés. Leur activité contribue ainsi à limiter l’impact environnemental des parapluies jetés, dont des millions sont abandonnés chaque année en France.
Claire et Aude envisagent d’étendre leur activité en vendant des parapluies de seconde main. Elles conservent déjà certains modèles restaurés qui ne nécessitent qu’une petite réparation. Elles souhaitent également transmettre leur savoir-faire pour éviter que ce métier ne disparaisse. Leur engagement s’inscrit dans une logique de durabilité, en plus de l’aspect humain : elles aiment redonner vie à des objets chargés d’histoire, comme une ancienne baleine fabriquée à partir d’un fanon de baleine ou des poignées sculptées en forme de Bécassine. Leur travail allie réparation, écologie et transmission.
Pour éviter d’acheter un parapluie fragile, Claire et Aude recommandent de privilégier les grands modèles manuels, avec un mât ou une tringle solide. Les parapluies pliables compacts sont à éviter, car plus ils ont de sections (parties qui composent la baleine), plus ils risquent de se casser. Il faut aussi éviter les modèles *open-close* (avec un bouton automatique pour s’ouvrir et se fermer), car leur mécanisme est souvent irréparable. Enfin, il est conseillé de toujours faire sécher son parapluie ouvert, avec la poignée vers le bas, pour éviter que l’humidité ne s’infiltre dans la *noix* (la partie supérieure du parapluie) et ne provoque de la rouille.

