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La justice transitionnelle en examen : En Colombie, le processus de paix pris pour cible

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 12 j

Élu le 21 juin 2026, le président d'extrême droite Abelardo de la Espriella a fait campagne sur une critique radicale du processus de justice transitionnelle enclenché suite aux accords de paix en 2016. Il promet notamment de dissoudre la Juridiction spéciale pour la paix..

Nouveau président colombien

Abelardo de la Espriella, candidat d’extrême droite, a été élu président de la Colombie le 21 juin 2026 et investi le 7 août 2026. Il a bâti sa campagne sur une critique radicale du processus de paix avec les guérilleros, notamment en rejetant la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), créée en 2016 pour juger les anciens combattants des FARC et des paramilitaires. Il promet de dissoudre cette institution, qu’il qualifie de coûteuse et politisée, et propose à la place un système plus répressif : distinguer les crimes des militaires de ceux des guérilleros et éliminer les « bandits qui ne se rendent pas ». Cette position marque un revirement par rapport à son passé d’avocat pénaliste, où il défendait des paramilitaires et soutenait la justice transitionnelle.

Qu'est-ce que la JEP ?

La Juridiction spéciale pour la paix (JEP) est une institution créée en 2016 dans le cadre des accords de paix entre le gouvernement colombien et les FARC. Elle a pour mission de juger les crimes commis pendant le conflit armé, mais aussi de favoriser la réinsertion des anciens combattants. Contrairement à une justice classique, la JEP combine justice pénale (sanctions judiciaires) et justice restaurative (réparation pour les victimes). Elle traite des affaires par macro-cas (ou mégadossiers), c’est-à-dire en regroupant des milliers de crimes similaires pour mieux comprendre les mécanismes du conflit. Par exemple, des magistrats travaillent sur les enlèvements des FARC, le recrutement d’enfants-soldats ou les crimes contre les peuples autochtones. En septembre 2025, elle a rendu ses premières sentences.

Innovations de la JEP

La JEP se distingue par plusieurs innovations inspirantes pour d’autres pays. Elle intègre le droit autochtone et les droits de la nature, reconnaissant ainsi les spécificités des communautés locales et de l’environnement dans le processus de justice. Elle met également les victimes au cœur du système, en leur donnant une place centrale dans les procédures. Enfin, elle utilise des macro-cas pour traiter des phénomènes entiers plutôt que des cas individuels, ce qui permet une vision plus globale des crimes commis. Ces méthodes visent à concilier réparation, vérité et réinsertion, plutôt qu’à simplement punir. Cependant, malgré ces avancées, certains défis persistent, comme la prise en compte des crimes sexuels perpétrés contre les femmes des communautés autochtones, un sujet encore tabou.

Critiques et défis

Le nouveau président colombien critique la JEP pour son coût élevé et son caractère prétendument politisé, accusant l’institution de favoriser les anciens FARC. Il propose de remplacer ce système par une approche plus radicale, où les militaires et les guérilleros ne seraient pas jugés de la même manière, et où les « bandits non repentis » seraient éliminés. Cette position s’oppose directement aux principes de la justice transitionnelle, qui cherche à éviter les cycles de vengeance. Par ailleurs, la JEP doit faire face à des défis financiers et politiques, notamment pour assurer son indépendance et son financement. Son avenir dépendra des décisions du gouvernement, qui pourrait remettre en cause son existence ou ses méthodes.

Ce que ça pourrait changer

Un des grands défis de la JEP est la prise en compte des *crimes sexuels* commis pendant le conflit, en particulier ceux perpétrés contre les femmes des communautés autochtones et afro-descendantes. Ces violences restent un tabou en Colombie, ce qui rend difficile la parole des victimes et leur accès à la justice. La JEP a tenté d’intégrer ces crimes dans ses procédures, mais leur traitement reste insuffisant en raison de la stigmatisation et de la peur des représailles. Ángela del Pilar Santamaría, avocate et sociologue, souligne que ces crimes sont souvent minimisés ou ignorés, malgré leur gravité. Leur reconnaissance est essentielle pour une paix durable et une réparation effective des victimes.

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