La justice transitionnelle en examen : En Colombie, le processus de paix pris pour cible
L’élection d’Abelardo de la Espriella à la présidence de la Colombie marque un tournant radical dans la gestion du processus de paix issu des accords de 2016. Son projet de dissoudre la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), symbole d’une justice transitionnelle innovante mais contestée, interroge les fondements mêmes de la réconciliation nationale. Entre rupture politique et héritage juridique, cette remise en cause soulève des questions sur l’avenir des victimes et la pérennité des mécanismes de justice restaurative.
Quelles sont les principales critiques formulées par Abelardo de la Espriella contre la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) ?
Le nouveau président colombien dénonce un mécanisme coûteux et politisé, qu’il accuse de complaisance envers les anciens membres des FARC. Il propose de dissoudre la JEP et de remplacer son approche par un système plus répressif, distinguant les crimes commis par les militaires de ceux des guérilleros, et promettant d’éliminer « tous les bandits qui ne se rendent pas ». Cette position marque une rupture avec ses anciennes prises de position en faveur de la justice transitionnelle lorsqu’il était avocat pénaliste.
En quoi la JEP se distingue-t-elle des autres systèmes de justice transitionnelle dans le monde ?
La JEP innove en fusionnant justice pénale et justice restaurative, en plaçant les victimes au cœur du processus. Elle traite des « macro-cas » pour appréhender des phénomènes entiers, comme les enlèvements ou les recrutements d’enfants-soldats, et intègre des approches spécifiques pour les communautés autochtones et afro-descendantes. Son modèle, inspiré par des expériences étrangères, est aujourd’hui étudié pour son approche holistique et inclusive.
Quels défis la JEP a-t-elle rencontrés dans la prise en compte des crimes sexuels perpétrés contre les femmes autochtones ?
Malgré son avancée en intégrant le droit autochtone, la JEP peine à aborder les crimes sexuels en raison de leur caractère tabou au sein de ces communautés. Cette difficulté entrave la parole des victimes et complique leur accès à la justice restaurative, révélant les limites d’un processus encore en construction face à des violences systémiques.
Ce que ça pourrait changer
La remise en cause de la JEP par le nouveau gouvernement colombien pourrait fragiliser la crédibilité du processus de paix, risquant de relancer les tensions avec les anciens acteurs armés et de décourager les victimes à s’engager dans la voie judiciaire. À l’inverse, une réforme ciblée pourrait renforcer l’efficacité du système, mais elle exige un équilibre délicat entre répression et réconciliation pour éviter de reproduire les erreurs du passé.

