Le monde adopte un plan commun face à un crime numérique qui évolue sans cesse
De la cybercriminalité à la fraude, ou encore aux nouvelles formes de violence, les États réunis au 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale ont adopté samedi la Déclaration d’Abou Dhabi. Approuvé par acclamation dès l’ouverture de la rencontre dans la capitale émirienne, le texte appelle notamment à renforcer la coopération internationale face à des formes de criminalité en rapide évolution..
Les pays du monde entier ont adopté une déclaration commune pour lutter contre un crime numérique qui se complexifie sans cesse. Selon l’article, ce paysage criminel évolue rapidement grâce à l’émergence de nouvelles formes de criminalité, comme le « crime en tant que service » (CaaS) ou la « violence en tant que service » (VaaS). Ces termes désignent des modèles où des criminels proposent des outils ou des services illégaux à la demande, comme des attaques informatiques, des fraudes ou des violences organisées, accessibles même à des personnes sans compétences techniques. Par exemple, un individu peut louer un ransomware (un logiciel qui bloque l’accès à des données en échange d’une rançon) pour quelques centaines d’euros. La déclaration souligne aussi que les criminels exploitent désormais les infrastructures numériques, les plateformes en ligne et les monnaies virtuelles pour masquer leurs activités. Ces évolutions transforment la nature même de la criminalité, qui devient plus difficile à tracer et à combattre en raison de sa rapidité et de sa capacité à franchir les frontières.
Les pays signataires de la déclaration se sont engagés à moderniser leurs systèmes judiciaires en les numérisant et en intégrant l’intelligence artificielle (IA) dans la justice pénale. L’IA pourrait, par exemple, aider à analyser des preuves numériques ou à détecter des schémas criminels. Cependant, cette avancée s’accompagne de garde-fous stricts : contrôle humain, transparence des algorithmes, respect des procédures légales et protection des données personnelles. Ces garanties visent à éviter les dérives, comme des décisions judiciaires biaisées ou des violations de la vie privée. Les États ont jusqu’en 2031 pour mettre en œuvre des actions concrètes, dans le cadre d’une initiative volontaire appelée Pledge4Justice. Par exemple, un pays pourrait promettre de former ses juges à l’utilisation de l’IA ou de créer une plateforme numérique sécurisée pour les plaintes en ligne. L’objectif est de rendre la justice plus accessible et efficace, tout en maintenant l’équilibre entre innovation et droits fondamentaux.
La Directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Monica Juma, a lancé un appel à renforcer la coopération internationale face à une criminalité qui dépasse les frontières. Elle a souligné que le monde se trouve à un « tournant » depuis le dernier Congrès tenu à Kyoto en 2021, où la technologie a profondément transformé les méthodes criminelles. Par exemple, les monnaies numériques (comme les cryptomonnaies) permettent de dissimuler des profits illicites, tandis que les plateformes en ligne (réseaux sociaux, messageries) servent à recruter des victimes ou à organiser des fraudes. Mme Juma a insisté sur l’importance de combler les failles entre les institutions et les pays pour empêcher les criminels de profiter des différences légales. Elle a aussi rappelé que la confiance dans le multilatéralisme (la coopération entre plusieurs États) est essentielle pour relever ces défis. Le Congrès d’Abou Dhabi, qui se tient du 26 septembre au 1er octobre 2026, est présenté comme une occasion de réaffirmer cet engagement collectif.
Monica Juma a rappelé que derrière les statistiques et les tendances criminelles, il y a des personnes vulnérables : enfants recrutés par des gangs, femmes victimes de violences en ligne ou domestiques, personnes sans accès à une aide juridique, ou jeunes attirés dans des escroqueries par des promesses d’avenir. Elle a appelé les délégués à faire de la protection de ces groupes une priorité absolue, en les désignant comme « la boussole » de leurs efforts. Pour y parvenir, elle a proposé d’adapter les lois aux nouvelles menaces, d’améliorer l’accès à la justice et à l’aide juridique, et de faire de la technologie un outil au service du bien plutôt qu’un accélérateur de préjudices. Par exemple, des programmes pourraient être mis en place pour sensibiliser les jeunes aux risques des réseaux sociaux ou pour offrir un soutien juridique gratuit aux victimes de cyberharcèlement. La déclaration d’Abou Dhabi est présentée comme un premier pas, mais son impact dépendra de sa mise en œuvre concrète sur le terrain.
Le 15e Congrès des Nations Unies sur la criminalité se déroule à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, jusqu’au 1er octobre 2026. Il rassemble 119 pays, plus de 40 ministres de la Justice et 5 100 participants, issus de gouvernements, d’organisations non gouvernementales, d’universités et du secteur privé. Ce congrès est le plus ouvert aux jeunes de son histoire : ils participent activement aux ateliers, au suivi des travaux et à un Youth Lab (laboratoire dédié aux jeunes), ainsi qu’à une exposition d’art. Un Forum de la jeunesse a précédé l’événement les 24 et 25 septembre. Le thème central est « Protéger les personnes et la planète à l’ère numérique », reflétant l’urgence de répondre aux défis posés par la digitalisation. L’ONUDC assure le secrétariat du Congrès et soutiendra la mise en œuvre de la déclaration adoptée. L’objectif est de traduire les engagements en actions concrètes, avec des échéances fixées d’ici 2031.
La Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed, a souligné dans un message vidéo que *« la justice ne peut pas être un privilège »*. Elle a rappelé que l’état de droit doit protéger chaque individu, sans exception, et que le Congrès d’Abou Dhabi est une occasion de renouveler l’engagement commun en faveur de la justice et de l’équité. Elle a insisté sur l’importance de ne laisser personne de côté, notamment dans un contexte de bouleversements profonds, où les inégalités et les crises (sanitaires, économiques, environnementales) exacerbent les vulnérabilités. Son intervention a mis en lumière l’enjeu moral et social de cette lutte : garantir que les avancées technologiques et les réformes judiciaires bénéficient à tous, et non seulement à une minorité. L’initiative *Pledge4Justice*, qui encourage les États à annoncer des actions concrètes, s’inscrit dans cette vision d’une justice inclusive et accessible.

