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Géopolitique

Et si la vraie révolution technologique n’était pas l’IA ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 20 j

La course aux modèles pourrait masquer une transformation plus décisive de l’économie mondiale : l’énergie verte. L’article Et si la vraie révolution technologique n’était pas l’IA ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Deux révolutions technologiques

L’article oppose deux révolutions technologiques majeures en cours. La première, largement médiatisée, est l’intelligence artificielle (IA), présentée comme une force transformatrice capable de remplacer ou d’assister les humains. En 2018, Sundar Pichai, PDG de Google, la comparait même à des innovations comme le feu ou l’électricité. La seconde, moins visible mais tout aussi impactante, est la «triade des technologies propres» (TTP), composée de l’énergie solaire, des batteries et des véhicules électriques. Cette triade permet de remplacer les combustibles fossiles et pourrait devenir le fondement énergétique de l’économie mondiale. Contrairement à l’IA, dont les effets restent incertains, la TTP répond déjà à des défis concrets comme le changement climatique, la pollution et l’accès à une énergie durable. Les deux révolutions sont en compétition pour définir le prochain paradigme techno-économique (PTE), une période de transformation profonde de l’économie et de la société.

Critères d'un PTE

Un paradigme techno-économique (PTE) est une période où une technologie devient un facteur clé de production, transformant l’économie et la société. Selon l’économiste Carlota Perez, une technologie doit remplir six critères pour devenir un PTE : 1) être bon marché et voir son prix baisser continuellement, 2) être inépuisable à court terme, 3) avoir des applications variées, 4) augmenter la productivité tout en réduisant les coûts du capital et de la main-d’œuvre, 5) répondre à des besoins fondamentaux existants ou en créer de nouveaux, et 6) permettre à de nouvelles entreprises de devenir dominantes. Les trois derniers PTE connus sont l’ère de l’acier et de l’électricité, celle du pétrole et des moteurs à combustion, et enfin l’ère des technologies de l’information et de la communication (TIC), où les semi-conducteurs ont joué un rôle central. Les États-Unis ont dominé ces trois périodes, mais leur hégémonie est aujourd’hui contestée par la Chine, notamment dans le domaine des TIC et de la TTP.

L'IA face aux critères

L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme la technologie du futur PTE, mais son adéquation avec les critères définis par Carlota Perez reste incertaine. D’abord, son coût réel est difficile à évaluer : les entreprises américaines, comme OpenAI ou Anthropic, ont commercialisé des services d’IA à des prix inférieurs à leur coût de production avant d’augmenter récemment les tarifs. Ensuite, l’IA nécessite des centres de données énergivores, dont la construction et l’exploitation coûtent des centaines de milliards de dollars. Par exemple, entre 2015 et 2026, plus de 177,5 milliards de dollars ont été investis dans OpenAI, tandis que Google, Amazon, Microsoft et Meta ont dépensé 130 milliards de dollars au premier trimestre 2026 pour construire des centres de données. Malgré ces investissements massifs, aucune entreprise n’a encore rentabilisé ses activités dans l’IA. Enfin, l’IA ne répond pas encore clairement à des besoins fondamentaux, contrairement à la TTP qui vise des enjeux comme l’accès à l’eau potable ou à une énergie durable.

Investissements records aux États-Unis

Les États-Unis misent massivement sur l’IA, avec des investissements sans précédent dans l’histoire économique. En 2025, l’IA a contribué à hauteur de 1,3 point de pourcentage à la croissance du PIB réel américain au premier trimestre, puis de 1,16 point au deuxième trimestre, avant de se stabiliser à 0,48 point au troisième trimestre. Selon la Banque fédérale de réserve de Saint-Louis, ces investissements ont évité une contraction plus marquée de l’économie et représenté 30 % de la croissance du PIB au deuxième trimestre. Pour 2027, les dépenses des géants technologiques américains dans l’IA pourraient atteindre 1 000 milliards de dollars, un niveau comparable à la bulle Internet des années 1990. Cependant, ces investissements s’accompagnent de pertes colossales : OpenAI a enregistré une perte de 8 milliards de dollars en 2025 sur un chiffre d’affaires de 13 milliards, tandis qu’Anthropic, avec un chiffre d’affaires annualisé de 47 milliards en mai 2026, perd également des milliards chaque année. Malgré cela, les entreprises continuent de subventionner l’IA, espérant des rendements futurs.

La Chine et la TTP en concurrence

La Chine conteste l’hégémonie américaine en misant sur la «triade des technologies propres» (TTP) plutôt que sur l’IA. Cette triade, composée de l’énergie solaire, des batteries et des véhicules électriques, répond directement à des défis mondiaux comme le changement climatique et la pollution. Contrairement à l’IA, la TTP est déjà une réalité économique, avec des applications concrètes et une adoption croissante. Elle permet de remplacer les combustibles fossiles, de réduire les coûts énergétiques et de répondre à des besoins fondamentaux comme l’accès à l’eau ou aux transports. La Chine investit massivement dans ce secteur, tandis que les États-Unis tentent de préserver leur domination en contrôlant les énergies fossiles et en limitant l’accès de la Chine aux semi-conducteurs, essentiels pour l’IA. Cette rivalité entre les deux pays pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs technologiques et économiques dans les années à venir.

Ce que ça pourrait changer

L’IA et la TTP ont des impacts économiques contrastés. L’IA, malgré des investissements records (1 000 milliards de dollars prévus en 2027), reste un pari risqué : aucune entreprise ne parvient à rentabiliser ses activités, et les pertes se chiffrent en milliards. Pourtant, elle contribue déjà significativement à la croissance du **PIB américain**, avec une contribution de 1,3 point de pourcentage au premier trimestre 2025. À l’inverse, la TTP, bien que moins médiatisée, est déjà une réalité économique avec des applications variées et un potentiel de réduction des coûts énergétiques. Son adoption est motivée par des intérêts économiques évidents, comme la baisse des prix de l’énergie solaire ou l’essor des véhicules électriques. Si l’IA promet une révolution future, la TTP agit dès aujourd’hui comme un levier de transformation, avec des effets concrets sur la société et l’environnement. Son succès dépendra de sa capacité à répondre aux besoins fondamentaux et à s’imposer comme un nouveau PTE.

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