PISA: leçons anglaises et estoniennes
Le Royaume-Uni et l’Estonie sont les deux pays européens qui obtiennent les meilleurs résultats dans l’enquête PISA 2025 de l’OCDE sur les acquis des élèves de 15 ans. Leur modèle éducatif fondé sur l’autonomie des établissements n’y est peut-être pas étranger.
Les résultats de l'enquête PISA 2025, publiée en septembre 2026, révèlent une situation préoccupante pour la France. Ses scores se situent légèrement en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE, sauf en sciences où elle atteint la moyenne. Le déclin est particulièrement marqué en compréhension de l'écrit, un domaine où la France recule plus rapidement que la plupart des autres pays. Un chiffre alarmante ressort : 21 % des élèves français de 15 ans sont considérés comme très peu performants, c'est-à-dire qu'ils ne maîtrisent pas le niveau minimal de compétence défini par l'OCDE. Ce niveau minimal, appelé niveau 2, correspond à la capacité de comprendre l'idée principale d'un texte de longueur modérée, de repérer des informations explicites et de faire des liens simples. Pour ces élèves, ce retard cognitif risque de persister tout au long de leur vie et de limiter leurs opportunités professionnelles futures, tout en constituant une perte pour le pays en termes de formation de jeunes qualifiés.
Parmi les pays européens, deux se distinguent par des performances supérieures à la moyenne de l'OCDE : le Royaume-Uni et l'Estonie. L'Estonie, bien que petite (1,3 million d'habitants), bénéficie d'une homogénéité qui facilite la mise en œuvre de politiques éducatives. Le Royaume-Uni, comparable à la France par sa taille et son niveau économique, a adopté des réformes éducatives basées sur l'autonomie des établissements scolaires. Ces deux pays montrent que des modèles différents du système centralisé français peuvent produire de meilleurs résultats, même si une relation de cause à effet n'est pas encore scientifiquement prouvée.
En Angleterre, le ministre de l'Éducation Michael Gove a lancé en 2010 les free schools, des écoles publiques gratuites créées à l'initiative d'enseignants, de parents ou d'associations locales. Ces établissements disposent d'une autonomie accrue par rapport aux écoles publiques traditionnelles : ils peuvent fixer les salaires et les conditions de travail des enseignants, concevoir leurs propres programmes sans suivre strictement le National Curriculum (programme scolaire national), et adopter une pédagogie adaptée à leur public. En 2026, 60 % des élèves anglais fréquentent une academy ou une free school, et 84 % des écoles secondaires sont sous ce statut. Ce modèle s'inspire des friskolor suédoises et des charter schools américaines, mais se distingue par son caractère local et innovant. Une étude de 2025 a montré que les élèves de ces écoles obtiennent de meilleurs résultats aux tests, ont moins d'absences et changent moins souvent d'établissement, validant ainsi l'idée que l'État n'a pas besoin de gérer directement les écoles.
Le modèle éducatif anglais, basé sur l'autonomie des établissements, contraste fortement avec le système centralisé et uniforme français. En France, l'égalité formelle se traduit en réalité par une plus grande inégalité des résultats scolaires, notamment en fonction du statut socioéconomique des élèves. Selon les données PISA 2025, le statut socioéconomique explique une part plus importante de la variation des résultats en France que dans la moyenne de l'OCDE, et bien plus qu'au Royaume-Uni ou en Estonie. Par exemple, la différence de scores en sciences entre les élèves de milieux favorisés et défavorisés est plus marquée en France. Ces constats remettent en question l'argument d'égalité souvent avancé pour justifier le maintien du modèle centralisé français.
Les études sur les *free schools* anglaises suggèrent que l'État n'a pas besoin de gérer directement les écoles pour garantir leur qualité. Son rôle se limiterait à définir les règles communes (programmes scolaires, évaluation, critères d'admission non discriminatoires), à financer les établissements en fonction de leur capacité à répondre à la demande, et à contrôler leurs résultats. Les auteurs de l'étude encouragent à promouvoir une *différenciation horizontale* dans l'enseignement public, c'est-à-dire une plus grande liberté pour les initiatives locales. Cette approche pourrait permettre de mieux répondre aux besoins spécifiques des élèves et des territoires, tout en maintenant un cadre commun pour garantir l'équité.

