« Les usines se battent contre des usines » : c’est quoi ArsenalOS, le logiciel d’Anduril qui doit piloter la production d’armes américaines
Anduril a annoncé ce mardi 6 octobre un chantier naval à 6,6 milliards de dollars (environ 5,9 milliards d’euros) pour l’US Navy. Il reposera sur ArsenalOS, un logiciel qui doit piloter toute la production de l’entreprise..
Anduril, une entreprise américaine spécialisée dans la défense, a annoncé la construction d’un chantier naval géant à Baltimore, dans le Maryland, pour un coût total de 6,6 milliards de dollars (environ 5,9 milliards d’euros). Ce site, nommé Arsenal-2, sera dédié à la fabrication de composants pour les sous-marins d’attaque de classe Virginia, un modèle clé de la marine américaine. Le chantier sera financé à hauteur de 3,7 milliards de dollars par des investisseurs privés, tandis que la marine américaine (US Navy) pourrait contribuer jusqu’à 2,9 milliards de dollars via un contrat dont les paiements dépendront des résultats de production. L’objectif est de moderniser la production d’armes américaines en intégrant des technologies numériques avancées, une approche que l’entreprise qualifie de « software-defined », c’est-à-dire organisée autour d’un logiciel central.
Le cœur de ce chantier naval est un logiciel nommé ArsenalOS, présenté comme la colonne vertébrale numérique de toutes les usines d’Anduril. Contrairement à un système d’exploitation classique (OS pour Operating System), ArsenalOS est une plateforme qui relie entre eux les différents logiciels utilisés dans la production d’armes. Il combine des outils développés en interne, comme Forge, et des logiciels commerciaux tiers. Son rôle est de centraliser toute la chaîne de production, de la conception des plans à la maintenance des équipements sur le terrain. Par exemple, si un plan est modifié, le logiciel met automatiquement à jour les instructions de travail pour les techniciens et empêche l’utilisation de versions obsolètes. Il suit également les stocks, guide les ouvriers avec des instructions numériques, et enregistre chaque opération (comme une soudure ou un boulon serré) avec l’identité de l’opérateur et l’heure. Anduril compare ce processus à la « kill chain » militaire, une séquence qui va de la détection d’une cible à son attaque, mais ici appliquée à la fabrication d’armes.
Anduril justifie ce projet par une vision de la guerre moderne où les usines jouent un rôle aussi stratégique que les champs de bataille. Selon l’entreprise, la capacité à produire rapidement et efficacement des armes détermine désormais la dissuasion militaire. ArsenalOS promet des économies de plusieurs milliards de dollars et une grande flexibilité : il permettrait de s’adapter rapidement aux changements de commandes ou de fournisseurs, un avantage crucial dans un contexte géopolitique instable. Le logiciel est déjà utilisé dans une première usine, Arsenal-1, située près de Columbus dans l’Ohio, où Anduril produit son drone de combat YFQ-44 Fury. Cependant, ces affirmations restent pour l’instant des promesses, car ArsenalOS n’en est qu’à ses débuts et son efficacité réelle doit encore être démontrée.
Plusieurs incertitudes entourent ce projet ambitieux. D’abord, la protection des données : ArsenalOS centralise des informations sensibles, de la conception des armes jusqu’à leur maintenance, mais l’article ne précise pas comment ces données sont sécurisées contre les cyberattaques. Ensuite, le calendrier est serré : le chantier de Baltimore ne devrait commencer sa production qu’en 2030, soit quatre ans après l’annonce. Enfin, c’est la marine américaine (*US Navy*) qui évaluera les performances d’ArsenalOS via un contrat indexé sur les résultats, c’est-à-dire que les paiements dépendront directement de l’efficacité du logiciel. Si les promesses d’Anduril ne sont pas tenues, les financements pourraient être revus à la baisse. Pour l’instant, le succès du projet reste donc hypothétique.

