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C’est quoi, réussir sa première année post-bac ?

The Conversation France · mis à jour 28 sept.

L’ESSENTIEL Les jeunes de 18-19 ans ressentent une forte pression à ne pas « se tromper » dans leur orientation post-bac. Dans l’imaginaire collectif français, une trajectoire non linéaire est perçue comme un échec.

Pression orientation post-bac

Les jeunes de 18 à 19 ans ressentent une pression intense à bien choisir leur orientation après le baccalauréat, sous peine de « rater leur vie ». Cette angoisse est renforcée par l’idée que toute trajectoire non linéaire (changement d’études, pause, réorientation) est perçue comme un échec dans l’imaginaire collectif français. Le terme décrochage désigne ici plusieurs réalités : les jeunes en situation de NEET (Not in Education, Employment or Training, soit « ni en emploi, ni en formation, ni en études »), ceux qui s’insèrent professionnellement, ceux qui prennent une pause ou se réorientent. Pourtant, ces parcours alternatifs pourraient être considérés comme des étapes normales plutôt que comme des échecs. Les recherches citées, menées auprès d’étudiants en première année de licence (L1) et de décrocheurs, montrent que cette pression est exacerbée par le système Parcoursup, qui officialise les choix d’orientation dès la fin du lycée.

Enjeux identitaires et sociaux

L’orientation post-bac est un moment où l’identité individuelle se construit tout en étant influencée par des logiques sociales. Les jeunes doivent « se connaître » et « connaître le champ des possibles » pour trouver « leur orientation », comme le soulignent les outils proposés par l’État (ex. : Mon Projet Sup sur Parcoursup). Ce processus est complexe : il dépend des projections futures de soi, des stéréotypes de genre (certaines filières étant perçues comme « masculines » ou « féminines »), et des représentations des métiers et des études. Par exemple, les jeunes issus de milieux favorisés ont souvent une « zone d’alternatives acceptables » plus large que les autres. L’orientation est aussi un mécanisme de crédentialisme : le diplôme devient une clé d’accès aux positions sociales, ce qui renforce la pression autour du choix initial. Enfin, les inégalités sociales et les contraintes matérielles (logement, emploi à côté des études) peuvent fragiliser la réussite en première année.

Décalage réalité-études

Le choix d’orientation se concrétise souvent à la rentrée universitaire, lorsque les représentations idéalisées des études rencontrent la réalité. Ce décalage peut être source de désillusion et fragiliser les trajectoires des étudiants. Par exemple, Laetitia, entrée en L1, a dû réduire son temps d’études pour travailler à mi-temps, tandis que Seb, vivant loin de l’université, partageait une chambre exiguë avec ses frères, limitant son espace de travail. Ces situations illustrent comment des contraintes sociales non anticipées peuvent impacter la réussite. De plus, la procédure Parcoursup agit comme une « grande épreuve » qui parachève un processus de tri social entamé dès le collège, attribuant une place dans le système éducatif en fonction des résultats et du milieu social.

Réussite au-delà des notes

La réussite en première année post-bac est traditionnellement mesurée par la performance académique (passage en L2, obtention de la licence en 3 ans). Pourtant, cette vision restrictive ignore les trajectoires non linéaires, les questionnements ou les réorientations, qui peuvent être des étapes normales de construction personnelle. Par exemple, les métiers évoluent rapidement avec l’émergence de l’IA et les enjeux climatiques, rendant certains choix d’orientation obsolètes en quelques années. Une première année post-bac pourrait ainsi être considérée comme une phase d’apprentissage des codes du supérieur, permettant aux étudiants de décider en connaissance de cause de la suite de leur parcours. Cette approche valoriserait davantage la flexibilité et l’adaptabilité que la simple conformité à une norme linéaire.

Coût du décrochage pour l'État

Pour les pouvoirs publics, le décrochage en première année de licence (L1) représente un coût financier important : environ 534 millions d’euros par an pour l’ensemble du premier cycle, dont 265 millions pour la seule L1. Ces 265 millions se décomposent en 160 millions pour les redoublements (50 000 étudiants) et 105 millions pour les sorties sans diplôme (33 000 étudiants). Le rapport 2025 de la Cour des comptes souligne que la réussite en licence est « fondamentale pour les jeunes comme pour l’économie générale du système de formation ». Cependant, cette préoccupation financière peut conduire à une vision gestionnaire de la réussite, où toute déviation par rapport à la norme (passage en L2 en un an) est perçue comme un échec, stigmatisant les étudiants et renforçant leur pression. Par exemple, les dispositifs comme les césures ou les réorientations sont souvent considérés comme des coûts supplémentaires plutôt que comme des opportunités.

Ce que ça pourrait changer

Face à la complexité des enjeux (psychologiques, sociaux, pédagogiques et institutionnels), l’article propose plusieurs pistes pour repenser la réussite en première année post-bac. D’abord, il faudrait faire évoluer les modalités pédagogiques pour mieux accompagner les étudiants, notamment en valorisant les parcours non linéaires. Ensuite, dépasser la norme de la linéarité des trajectoires permettrait d’envisager la non-linéarité comme une norme, y compris dans les aides financières (bourses, accompagnement). Enfin, un meilleur accueil des étudiants dans le supérieur, avec plus de temps consacré à l’intégration, pourrait réduire les risques de décrochage. Ces mesures visent à atténuer la pression autour du choix initial et à reconnaître la première année comme une phase d’apprentissage et d’adaptation plutôt que comme une épreuve à réussir absolument.

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