Des sculptures en bois vieilles de 10 500 ans et réalisées par des chasseurs-cueilleurs mésolithiques ont été découvertes dans un lac
On imagine les derniers chasseurs-cueilleurs d'Europe plantant des campements légers, vite montés et vite défaits. Des vestiges remontés du fond d'un lac allemand brouillent cette image un peu trop simple.
En septembre 2026, des archéologues de l’Office de Saxe-Anhalt pour le patrimoine, en Allemagne, ont découvert au fond du lac Arendsee des pièces de bois travaillées datant de 10 500 ans. Ces vestiges, remontés à une profondeur de 20 mètres, comprennent un pilier d’environ 1,6 mètre et plusieurs planches de 1,3 mètre de long. Cette découverte, annoncée fin septembre 2026, est exceptionnelle car elle révèle des traces de constructions élaborées par des chasseurs-cueilleurs, bien avant l’arrivée de l’agriculture en Europe centrale. Jusqu’à présent, les rares indices de cette période se limitaient à des traces dans le sol, rendant ces bois uniques. Les archéologues soulignent que ces éléments pourraient révolutionner la compréhension des habitats mésolithiques, une période préhistorique située entre le Paléolithique et le Néolithique.
La survie de ces bois sur plus de 10 500 ans s’explique par des conditions géologiques particulières. Le lac Arendsee repose sur un dôme de sel qui s’enfonce lentement, engloutissant les anciens rivages sous l’eau et les sédiments. Ce processus a permis de sceller les bois sous une couche de vase, les protégeant de l’oxygène et de la pourriture. Sans cette protection naturelle, le bois se serait dégradé bien avant. Ce phénomène est rare : peu de matériaux organiques résistent aussi longtemps. Les archéologues estiment que cette conservation est due à l’absence d’oxygène dans les sédiments, qui a bloqué la décomposition. Cette découverte offre ainsi une fenêtre unique sur une époque où l’Europe centrale était encore peuplée de chasseurs-cueilleurs, environ 3 000 ans avant l’arrivée des premiers agriculteurs.
Pour localiser et étudier ces vestiges, les archéologues ont utilisé des technologies avancées. Un robot télécommandé équipé d’un sonar à haute résolution a cartographié les fonds du lac Arendsee. Cette méthode, appelée archéologie sous-marine, permet d’explorer des sites inaccessibles à l’œil humain. Les prochaines étapes consistent à remonter d’autres pièces de bois, à les dater plus précisément et à analyser leur fonction exacte. L’objectif est de déterminer si ces chasseurs-cueilleurs érigeaient des constructions durables au bord de l’eau, bien avant l’adoption de l’agriculture. Cette approche combine science et technologie pour percer les secrets d’un passé lointain.
Le Mésolithique est une période de la préhistoire qui s’étend d’environ 10 000 à 5 000 ans avant notre ère, entre la fin de la dernière glaciation et l’apparition de l’agriculture au Néolithique. En Europe centrale, cette époque est souvent associée à des populations nomades de chasseurs-cueilleurs, dont les traces archéologiques sont généralement limitées à des outils en pierre ou à des traces de campements éphémères. La découverte de bois travaillés à Arendsee suggère que ces groupes pouvaient construire des habitats plus élaborés qu’on ne le pensait. Ailleurs en Europe, des sites comme Star Carr en Angleterre ont déjà révélé des aménagements similaires, mais de tels vestiges restent exceptionnels en raison de la fragilité du bois.

