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Éducation : 3 vitesses qui contribuent à une santé inégale à Montréal, selon une étude

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 20 j

Les écarts sont particulièrement importants entre le privé et le public, mais aussi au sein même du public..

Système à trois vitesses

Une étude de la Direction régionale de santé publique de Montréal révèle que le système d’éducation québécois fonctionne comme un système à trois vitesses, ce qui aggrave les inégalités de santé chez les jeunes. Ces trois vitesses correspondent aux écoles privées, aux programmes publics réguliers et aux programmes publics spécialisés. Le rapport souligne que cette organisation reproduit les disparités sociales existantes. Par exemple, les élèves défavorisés ou en difficulté sont souvent concentrés dans les classes publiques régulières, tandis que les élèves favorisés se retrouvent dans les écoles privées ou les programmes spécialisés. Cette répartition crée des environnements d’apprentissage inégaux, où les ressources, l’encadrement et les opportunités diffèrent considérablement. Le système à trois vitesses est ainsi décrit comme une allégorie des inégalités sociales au Québec, où l’accès à une éducation de qualité devient un marqueur de classe sociale.

Écarts santé entre privé et public

Le rapport met en lumière des écarts significatifs en matière de santé entre les élèves des écoles privées et ceux des écoles publiques à Montréal. Par exemple, 13 % des élèves du public ne se perçoivent pas en bonne santé, contre 9 % au privé. De plus, 40 % des élèves du public ont une faible estime d’eux-mêmes, contre 33 % au privé. Environ un jeune sur cinq dans le public a reçu un diagnostic de trouble anxieux, dépressif ou d’alimentation, tandis que 42 % des élèves du privé décrivent leur santé mentale comme florissante, soit 10 points de plus que dans le public. D’autres indicateurs, comme la consommation de malbouffe (plus fréquente dans le public) et le manque d’activité physique, sont également plus marqués chez les élèves des écoles publiques. Ces différences illustrent comment les inégalités scolaires se répercutent sur la santé des jeunes.

Impact sur réussite scolaire

Les inégalités dans le système éducatif ont des conséquences directes sur la réussite scolaire et la santé mentale des élèves. Le rapport indique que le risque de décrochage scolaire est 13 points de pourcentage plus élevé dans le public que dans le privé, et que la perception d’un apprentissage perturbé par la pandémie de COVID-19 est 6 points de pourcentage plus marquée dans le public. À l’inverse, l’engagement scolaire et le sentiment d’appartenance sont 10 et 26 points de pourcentage plus élevés dans le privé. Ces chiffres montrent que les élèves du public, souvent issus de milieux défavorisés, cumulent des défis supplémentaires : difficultés scolaires, manque de confiance en soi et exposition accrue à des facteurs de risque comme la malbouffe ou le temps d’écran excessif. La Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique, souligne que ces écarts limitent les chances de ces jeunes de poursuivre des études postsecondaires.

Répartition élèves Montréal

À Montréal, la répartition des élèves entre le système public et privé est de un tiers pour le privé et deux tiers pour le public, ce qui représente la plus forte proportion d’élèves dans le privé au Québec. Au sein du système public montréalais, 60 % des élèves fréquentent les classes régulières et 40 % des programmes spécialisés. Cette répartition est différente de celle du reste du Québec, où 54 % des jeunes sont dans des programmes spécialisés. Le rapport souligne que Montréal présente un contexte distinct, propice à des disparités importantes. Par exemple, les programmes spécialisés, souvent sélectifs, attirent des élèves favorisés, tandis que les classes régulières accueillent une majorité d’élèves défavorisés ou en difficulté. Cette concentration crée des dynamiques scolaires et sociales inégales au sein même des écoles publiques.

Lien santé-éducation

Le rapport établit un lien clair entre santé et éducation, affirmant que l’égalité des chances en éducation est un levier pour réduire les inégalités sociales de santé. À l’inverse, les inégalités d’accès et de réussite scolaire peuvent accentuer les écarts de santé. Par exemple, les élèves défavorisés, souvent concentrés dans les classes publiques régulières, subissent des conditions d’apprentissage moins favorables, ce qui affecte leur santé mentale et physique. La Dre Mylène Drouin explique que le système éducatif à trois vitesses reproduit ces inégalités, en créant des environnements scolaires inégalement favorables. Le rapport ne propose pas de solutions concrètes, mais vise à intégrer l’angle santé dans le débat sur l’organisation du système éducatif, en soulignant l’importance d’investir dans des mesures qui améliorent à la fois l’éducation et la santé des jeunes.

Ce que ça pourrait changer

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) salue les conclusions du rapport et insiste sur l’urgence d’agir pour réduire les inégalités scolaires et sociales. Éric Gingras, président de la CSQ, souligne que les enjeux de mixité sociale et d’égalité des chances doivent être abordés concrètement, et non comme une simple discussion théorique. Il appelle les partis politiques à s’engager dans des états généraux en éducation pour trouver des solutions durables. Le rapport est présenté comme une étape importante pour alerter sur les conséquences des disparités éducatives, notamment en matière de santé mentale et de réussite scolaire. La CSQ considère que ces inégalités ne sont pas une fatalité et que des actions collectives sont nécessaires pour transformer le système éducatif.

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