Marathon de Montréal : la musique peut-elle améliorer votre performance?
Geneviève Cardella-Rinfret, ex-athlète et consultante en performance mentale, fait le point..
Plusieurs études scientifiques ont démontré que la musique peut améliorer la performance sportive, notamment en réduisant la perception de la fatigue ou de la douleur. Selon Geneviève Cardella-Rinfret, consultante certifiée en performance mentale et ancienne athlète olympique, la musique agit comme un signal de plaisir qui concurrence les signaux de douleur envoyés au cerveau. Ce phénomène s'observe aussi dans d'autres contextes, comme les chirurgies mineures, où la musique aide à tolérer la douleur. Les effets bénéfiques de la musique sur la performance sont particulièrement marqués pour les efforts sous-maximaux, c'est-à-dire les exercices réalisés à une intensité inférieure à l'effort maximal possible de l'individu, ou à sa consommation maximale d'oxygène (VO2 Max).
Le Dr Costas Karageorghis, professeur en psychologie du sport à la Brunel University au Royaume-Uni, a mené des recherches majeures sur l'impact de la musique. En 2008, il a publié une étude montrant que la musique peut augmenter l'endurance de 15 % et améliorer l'état émotionnel des sportifs, ce qui leur permet de retirer plus de plaisir de l'effort. Une revue méta-analytique publiée en 2020, regroupant 139 études, a confirmé ces résultats : la musique favorise un état émotionnel plus positif, améliore la performance physique (effet ergogénique), diminue la perception de l'effort et accroît l'efficacité physiologique. Ces effets sont cependant limités aux efforts sous-maximaux.
Les bénéfices de la musique sur la performance sportive sont moins évidents pour les athlètes de haut niveau pratiquant des sports explosifs et intenses, comme le sprint. Geneviève Cardella-Rinfret explique que pour ces disciplines, où l'effort est maximal ou proche du maximal, la musique a peu d'impact. En effet, le cerveau est déjà saturé par les signaux de douleur et de fatigue, rendant le signal de plaisir apporté par la musique moins efficace. Ainsi, les coureurs de marathon, qui réalisent un effort d'endurance à intensité modérée, tirent davantage profit de la musique que les sprinteurs.
Le tempo de la musique joue un rôle clé dans son efficacité. Geneviève Cardella-Rinfret souligne qu'un effet de synchronicité peut se produire si la musique est synchronisée avec la cadence de course : cela permet une économie d'effort. Cependant, elle met en garde contre les musiques trop rapides en début de course, car elles pourraient épuiser prématurément le coureur. À l'inverse, une musique lente peut induire un effet de relaxation. Pour un marathon de 42,2 km, elle recommande de commencer avec une musique calme, d'augmenter progressivement le tempo au fil de la course, puis de revenir à des musiques plus simples pour les 10 derniers kilomètres, où la fatigue cognitive est plus marquée.
Geneviève Cardella-Rinfret conseille aux coureurs de préparer leur playlist en fonction de leur niveau d'activation physique et mentale. Il s'agit de choisir des morceaux qui les amènent dans la bonne zone d'énergie, ni trop excités ni trop calmes. Pour un marathon, elle suggère une progression : musiques calmes en début de course, tempo plus rapide en milieu de parcours, et enfin des morceaux simples et répétitifs pour les derniers kilomètres. Cette stratégie permet de gérer l'énergie et de maintenir la motivation sans surcharger le cerveau déjà fatigué. La préparation mentale, combinée à une playlist adaptée, peut ainsi optimiser la performance.
Le Marathon Beneva de Montréal, qui se déroule chaque année dans les rues de la métropole, propose plusieurs épreuves du vendredi au dimanche, dont un marathon de 42,2 km. L'édition 2023 débutera dimanche à 7 h 45 au parc Jean-Drapeau. Cet événement attire des dizaines de milliers de coureurs, dont certains utilisent la musique pour améliorer leur performance. Cependant, les bénéfices de la musique dépendent du type d'effort fourni, comme le rappelle Geneviève Cardella-Rinfret. Pour les marathoniens, une playlist bien choisie peut donc faire la différence entre une course difficile et une expérience plus agréable et performante.

