Un nouveau souffle est nécessaire pour favoriser le développement régional au Québec
La vitalité des régions se mesure à leur capacité à se mobiliser dans la poursuite d’une vision collective..
Les régions du Québec traversent une crise de vitalité, mesurée non pas par le nombre de pouvoirs transférés ou la complexité des mécanismes électoraux, mais par leur capacité à se mobiliser autour d’une vision collective. Selon les auteurs, cette vitalité dépend de la capacité des acteurs locaux à travailler ensemble, au-delà des intérêts sectoriels ou municipaux. Le diagnostic s’appuie sur un constat historique : depuis 20 ans, les instances régionales ont été affaiblies, notamment avec l’abolition des Conférences régionales des élus en 2015. Cette réforme a transféré les clés du développement régional aux Tables de maires et préfets, réduisant les régions à un simple cadre de budgétisation sans substance démocratique. Les auteurs soulignent que cette centralisation et municipalisation ont vidé les régions de leur capacité à agir collectivement, transformant leur développement en une gestion technique plutôt qu’en un projet politique et social.
Les auteurs identifient deux causes principales à la crise des régions québécoises. D’abord, la municipalisation exclusive : les MRC (Municipalités régionales de comté), qui sont des regroupements de municipalités locales, se sont vues confier des enveloppes régionales pour le développement, mais sans les moyens ni les obligations de concertation nécessaires. Les budgets alloués ont même été réduits de moitié, passant de 500 millions de dollars à 250 millions de dollars. Ensuite, l’absence d’une Politique nationale de la ruralité depuis 2015 a évacué la ruralité comme enjeu national, la réduisant à une simple problématique locale. Les plans de développement régionaux actuels, comme ceux de la Stratégie gouvernementale pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires (2025-2029), se limitent souvent à une liste de dossiers sectoriels sans vision commune. Les auteurs notent que les acteurs locaux fonctionnent en vase clos, sans mécanisme de concertation élargie, ce qui appauvrit le débat public et affaiblit la capacité d’action collective.
Pour revitaliser les régions, les auteurs proposent quatre mesures concrètes. D’abord, créer un mécanisme formel de concertation intersectorielle au sein de chaque instance régionale, associant élus et représentants de la société civile (milieux économique, culturel, environnemental, syndical) à parité ou de manière notable. Ensuite, rétablir une Politique nationale de la rurality pour reconnaître la ruralité comme un enjeu national distinct de la gestion urbaine. Troisièmement, instaurer une reddition de comptes transparente : les instances régionales doivent rendre des comptes à l’ensemble des acteurs du milieu, et non seulement au gouvernement central. Enfin, soutenir un leadership territorial de coordination pour lutter contre le fonctionnement en vase clos des ministères (santé, éducation, économie) sur le terrain. Ces mesures visent à recréer des espaces de gouvernance partagée, où les plans de développement sont le fruit d’une vision collective plutôt que d’une simple addition de priorités municipales.
Les auteurs critiquent les propositions alternatives, comme celle du Parti Québécois, qui suggère une instance régionale dotée de pouvoirs décisionnels et d’autonomie politique, financière et fiscale. Selon eux, une telle instance, si elle reproduit le schéma actuel sans inclure la société civile, risquerait de reproduire les mêmes effets : dispersion sectorielle, perte d’appartenance régionale et appauvrissement du débat public. Ils soulignent que la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui représente les intérêts des municipalités, réclame plus de pouvoirs pour les MRC sans exiger le retour d’un mécanisme de concertation incluant la société civile. Pour les auteurs, cette approche cautionne involontairement la logique de vase clos qui affaiblit les régions. Ils insistent sur le fait que la vitalité régionale ne se mesure pas à la quantité de pouvoirs transférés, mais à la capacité des acteurs locaux à se mobiliser collectivement.
Les auteurs lancent un appel à la société civile, aux élus et aux citoyens pour exiger des partis politiques des engagements concrets en faveur d’une gouvernance régionale partagée. Ils soulignent que le débat actuel sur la décentralisation risque de rester théorique si les solutions proposées ne sont pas inclusives et concrètes. Les auteurs rappellent que la transition écologique exige des choix collectifs profonds, qui ne peuvent émerger que dans un cadre de concertation élargie. Ils invitent à ne pas se contenter de diagnostics incomplets ou de solutions superficielles, mais à exiger des partis politiques des mécanismes de gouvernance qui transforment la parole des territoires en pouvoir d’agir réel. Leur objectif est de transformer enfin les régions en acteurs politiques et sociaux capables de définir et de poursuivre une vision collective de leur développement.

