France : les cours suspendus lundi dans « 400 à 500 » lycées, débat sur les violences
Parti mi-septembre d'un lycée en région parisienne, le mouvement des lycéens s'est propagé à toute la France..
À la veille d’une journée de mobilisation redoutée, les cours seront totalement ou partiellement suspendus dans entre 400 et 500 lycées en France ce lundi 6 octobre 2026. Cette mesure, prise pour des raisons de sécurité, fait suite à une semaine marquée par des incidents répétés dans des établissements scolaires. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a indiqué que certains lycées pourraient reprendre partiellement leurs activités, mais que la situation reste fragile. Cette suspension intervient après des blocages dans 400 à 500 lycées dès vendredi 3 octobre, en raison de conditions de sécurité non garanties ou d’agressions envers le personnel éducatif. Sur les 3 700 lycées que compte le pays, cette proportion représente environ 11 à 14 % des établissements.
Le mouvement de protestation des lycéens a débuté mi-septembre 2026 dans un lycée de Créteil, en région parisienne. Les revendications principales portent sur le manque de moyens humains et financiers dans les établissements, notamment le non-remplacement des professeurs absents et la dégradation des bâtiments scolaires. Les élèves dénoncent également des conditions d’apprentissage jugées insupportables. Ce mouvement s’est rapidement étendu à l’ensemble du territoire français, gagnant en ampleur et en visibilité. Les slogans portés par les manifestants, comme « La jeunesse dit : “On emmerde le Front national” » ou « Alors, qu’est-ce qu’Édouard Geffray fait ? », illustrent leur mécontentement envers les autorités politiques et éducatives.
Depuis le début du mouvement, les violences et les dégradations se sont multipliées. Selon Édouard Geffray, 78 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés, 24 établissements ont été incendiés ou saccagés, et les dégradations touchant également les logements de fonction ont coûté entre 20 et 30 millions d’euros (soit entre 32 et 48 millions de dollars canadiens) à l’État. Les affrontements entre lycéens et forces de l’ordre se sont intensifiés, avec des scènes de jets de projectiles, de barricades enflammées et d’interventions policières musclées. Ces violences ont conduit à des interpellations massives, avec plus de 5 000 personnes arrêtées depuis le début du mouvement, dont environ 85 % sont des mineurs.
Le gouvernement accuse le parti La France insoumise (LFI), un parti de gauche radicale, d’avoir attisé les violences et d’encourager les blocages. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a évoqué une « manœuvre organisée » par LFI et ses alliés de l’ultragauche, bien que cette affirmation n’ait pas été étayée par des preuves publiques. En réponse, Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a rejeté ces accusations et imputé la situation à « 10 années de politique macroniste », citant notamment la suppression de 10 000 postes d’enseignants et le refus de revaloriser les salaires des fonctionnaires. Il a également dénoncé l’usage disproportionné de la force par les forces de l’ordre, évoquant des cas de lycéens blessés gravement, comme un adolescent ayant perdu un œil après un tir de flashball ou une étudiante étranglée pendant plusieurs minutes.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu l’action des forces de l’ordre, affirmant qu’elles protègent les élèves et étudiants qui souhaitent manifester pacifiquement. Il a qualifié d’« accusations graves et sans fondement » les critiques visant la répression policière. Depuis le début du mouvement, les autorités ont recensé plus de 5 000 interpellations, dont 1 700 pour la seule journée du vendredi 3 octobre. Parmi les cas les plus graves, un adolescent de 16 ans a été arrêté pour avoir aspergé un enseignant d’essence à La Ciotat, et un autre, âgé de 15 ans, a été mis en examen pour avoir projeté un liquide enflammé sur le visage d’une passante à Marseille. Deux personnes ont également été placées en garde à vue à Belfort pour avoir battu un policier, bien que l’une d’elles ait porté plainte pour tentative de meurtre.
Plusieurs organisations, dont le *Syndicat de la magistrature* (SDM), la CGT et la Ligue des droits de l’Homme, ont accusé le gouvernement d’utiliser des moyens disproportionnés face à des manifestants majoritairement mineurs. Ces organisations soulignent la vulnérabilité des lycéens et appellent à un dialogue pour résoudre la crise. Un troisième acte de mobilisation des lycéens est prévu pour mardi 7 octobre 2026, ce qui laisse présager une continuation des tensions. Le gouvernement, de son côté, maintient sa ligne ferme, tout en appelant au calme et à la reprise des cours dans les établissements encore ouverts. La situation reste donc incertaine, avec un risque de nouvelle escalade des violences.

