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Culture

Carrie, toujours jeune fille

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 h

Petite réflexion sur la manière dont on rationnalise les grands personnages de monstres féminins, à propos cette fois de Carrie, nouvelle adaptation en série signée Mike Flanagan du best-seller de Stephen King, cinquante ans après le film de Brian de Palma..

Adaptation de Carrie

Le roman Carrie de Stephen King, publié en 1974, a connu plusieurs adaptations majeures. D'abord adapté au cinéma en 1976 par Brian de Palma, il est désormais décliné en une série de huit épisodes réalisée par Mike Flanagan, diffusée sur la plateforme Prime en 2026. Cette nouvelle version s'inscrit dans une démarche similaire à celle d'À l'Est d'Eden, autre roman adapté en film puis en série Netflix, où l'enjeu est de représenter une figure féminine monstrueuse à travers le prisme du féminisme contemporain. Mike Flanagan, reconnu pour ses œuvres dans le genre horreur, propose une réinterprétation du personnage de Carrie White, une lycéenne harcelée et dotée de pouvoirs télékinétiques, en intégrant des éléments modernes comme les réseaux sociaux et une approche psychologique plus approfondie.

Origine du personnage

Carrie White est une adolescente de 16 ans élevée par sa mère, Margaret White, une chrétienne intégriste qui lui inculque une méfiance extrême envers la société et les normes sociales. Dans le roman original, Carrie découvre ses règles pour la première fois dans les vestiaires du lycée, où elle est humiliée par ses camarades de classe, menées par Christine Hargensen. Cette scène, devenue emblématique, marque le début de sa prise de conscience de ses pouvoirs surnaturels. Le récit, construit comme un faux documentaire avec des lettres et articles de presse, explore sa vengeance lors du bal de fin d'année, où elle utilise sa télékinésie pour punir ses bourreaux. Le film de 1976, bien que culte, est critiqué pour sa représentation jugée vieillie et érotisée des adolescentes, notamment dans la scène d'ouverture de la douche.

Nouvelle vision de Flanagan

Mike Flanagan propose une version modernisée de Carrie, en insistant sur son innocence et sa vulnérabilité. La série introduit un prologue inédit expliquant pourquoi Carrie ignore des notions élémentaires comme la puberté ou les réseaux sociaux dans l'Amérique contemporaine. Elle met aussi en lumière le personnage de Christine, présentée comme le miroir inversé de Carrie, tout aussi cruelle mais justifiée par son propre parcours. Chaque épisode s'ouvre sur une digression historique expliquant comment les femmes puissantes ont été historiquement stigmatisées sous le terme de sorcières, une métaphore des persécutions subies par les femmes. Cette approche vise à contextualiser la monstruosité de Carrie dans une perspective féministe, en montrant comment les normes sociales et religieuses peuvent pousser à la violence.

Évolution des récits féminins

L'article souligne un paradoxe dans l'évolution des récits mettant en scène des femmes monstrueuses. Si les adaptations contemporaines, comme celle de Mike Flanagan ou la série À l'Est d'Eden, gagnent en profondeur psychologique et sociologique, elles perdent parfois en intensité horrifique et en grand guignol au profit d'un réalisme accru. Cette rationalisation des personnages féminins, bien que pertinente pour certains spectateurs, peut donner l'impression que ces récits se mécanisent en perdant leur dimension subversive ou transgressive. L'article interroge ainsi la manière dont le féminisme de pop culture influence ces adaptations, parfois au détriment de l'horreur pure et de la complexité narrative originelle.

Ce que ça pourrait changer

Le roman de Stephen King et le film de Brian de Palma de 1976 sont souvent associés à une esthétique horrifique marquée par l'excès et le voyeurisme, notamment dans la représentation des adolescentes. Le film de de Palma, avec ses plans serrés et une mise en scène érotisée, reflète les normes des années 1970, où les personnages féminins étaient souvent sexualisés. En revanche, la série de Mike Flanagan, bien que plus réaliste, s'éloigne de cette esthétique pour privilégier une approche psychologique et sociologique. Cette évolution reflète les changements culturels et les attentes du public moderne, qui recherche des récits plus nuancés et justifiés, même si cela peut atténuer l'impact émotionnel ou dramatique des œuvres originales.

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