Extrême El Niño, l’enfant terrible du Pacifique
Le Pacifique équatorial se réchauffe, les alizés faiblissent, la thermocline se déforme : sécheresses, cyclones, pêche perturbée sur un quart du globe, c'est El Niño. Prévisible 6 à 9 mois à l'avance, celui de 2026-2027 s'annonce rare.
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit tous les trois à sept ans dans l'océan Pacifique équatorial. Il se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans cette zone, lié à un affaiblissement des alizés (vents réguliers soufflant d'est en ouest dans les tropiques). Normalement, ces vents poussent les eaux chaudes vers l'ouest du Pacifique, permettant aux eaux froides des profondeurs de remonter à l'est (upwelling). Lors d'El Niño, l'affaiblissement des alizés réduit cet upwelling, ce qui entraîne un réchauffement des eaux à l'est et une perturbation des courants océaniques et atmosphériques. Ce phénomène influence les conditions météorologiques à l'échelle mondiale, provoquant des sécheresses, des inondations ou des cyclones selon les régions. Les scientifiques peuvent le prévoir six à neuf mois à l'avance grâce à des modèles climatiques.
El Niño est un phénomène naturel, mais son intensité et sa fréquence pourraient être amplifiées par le réchauffement climatique. En 2026, les probabilités qu'un épisode extrême se produise approchent les 100 % à l'approche de l'hiver. Les chercheurs, comme Juliette Mignot (océanographe à l'IRD et au LOCEAN de Sorbonne Université) et Catherine Guilyardi (journaliste et réalisatrice), soulignent que les modèles climatiques actuels permettent d'anticiper son ampleur avec une marge d'incertitude réduite. Les satellites jouent un rôle clé dans cette surveillance, en mesurant les températures de surface de l'océan et les variations des vents. Cependant, malgré ces outils, des incertitudes persistent quant à l'intensité exacte du phénomène à venir.
Un épisode extrême d'El Niño peut avoir des répercussions majeures sur le climat mondial. Les zones habituellement sèches, comme l'Australie ou l'Indonésie, peuvent subir des sécheresses prolongées, tandis que des régions comme la côte ouest de l'Amérique du Sud ou la Californie risquent des inondations et des glissements de terrain. Les cyclones tropicaux deviennent plus fréquents et plus intenses dans le Pacifique central et oriental. Ces perturbations sont liées à un déplacement des zones de pluie et à une modification des courants atmosphériques, comme le courant-jet (vents d'altitude rapides). En 2026-2027, ces effets pourraient être amplifiés par le réchauffement climatique, rendant les événements encore plus extrêmes.
Les perturbations climatiques causées par El Niño ont des conséquences économiques majeures, touchant un quart du globe. La pêche est particulièrement affectée : le réchauffement des eaux perturbe les écosystèmes marins, réduisant les populations de poissons comme les anchois, essentiels pour les industries locales. Les récoltes agricoles sont également menacées, avec des pertes de rendement estimées à plusieurs milliards de dollars dans les régions touchées. Les infrastructures, comme les routes ou les habitations, subissent des dégâts liés aux inondations ou aux glissements de terrain. Par exemple, en 1997-1998, un épisode d'El Niño avait causé des pertes économiques mondiales estimées à 35 milliards de dollars. En 2026, ces impacts pourraient être encore plus sévères.
Le réchauffement climatique pourrait amplifier les effets d'El Niño, bien que le phénomène reste naturel. Les océans absorbent plus de 90 % de l'excès de chaleur dû aux émissions de gaz à effet de serre, ce qui réchauffe les eaux de surface du Pacifique. Ce réchauffement favorise des épisodes d'El Niño plus intenses et plus fréquents. Cependant, les scientifiques soulignent que le lien entre changement climatique et El Niño reste complexe à établir avec certitude. Les modèles climatiques suggèrent que les épisodes extrêmes pourraient devenir plus probables, mais leur fréquence exacte et leur intensité restent difficiles à prévoir. En 2026, l'observation de ce phénomène permettra peut-être d'affiner ces projections.
Plusieurs acteurs clés étudient El Niño et ses impacts. Juliette Mignot, océanographe à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et au LOCEAN de Sorbonne Université, travaille sur les mécanismes océaniques du phénomène. Catherine Guilyardi, journaliste et réalisatrice, produit des documentaires pour la BBC et France Culture afin de vulgariser ces enjeux. Les institutions comme le CNES (Centre national d'études spatiales) utilisent des satellites pour surveiller les variations des températures océaniques et des vents. Ces recherches visent à améliorer la prévision des épisodes d'El Niño et à mieux comprendre leur interaction avec le changement climatique. Les données collectées permettent d'affiner les modèles climatiques et d'anticiper les risques pour les populations et les économies.

