Sophie Thatcher : « Shelley Duvall est une de mes idoles »
Elle recevait cette année un Deauville Rising-star Award au Festival du cinéma américain de Deauville (qui s’est déroulé du 4 au 13 septembre). On a rencontré l’actrice de 25 ans au look délicieusement rock et macabre, révélée dans la série « Yellowjackets » (2021) puis le film « Companion » (2025) et venue présenter « Her Private Hell » de Nicolas Winding Refn (en salles le 23 septembre), pour faire le point sur sa carrière, ses envies pour le futur et sa passion pour Les Sims et la taxidermie..
Sophie Thatcher, actrice américaine née en 2000, est souvent qualifiée de Scream Queen, un terme anglais désignant les actrices spécialisées dans les rôles principaux de films d’horreur où elles incarnent des personnages confrontés à des situations extrêmes ou terrifiantes. Elle considère cette étiquette comme un honneur, car elle reconnaît une capacité à jouer des émotions intenses, un talent partagé par des actrices qu’elle admire, comme Shelley Duvall. Cette dernière, icône des années 1970-1980, est notamment connue pour son rôle dans Shining (1980) de Stanley Kubrick, où elle incarne une femme fragilisée par des événements surnaturels. Thatcher cite aussi Duvall pour son interprétation excentrique dans Popeye (1980) de Robert Altman, où elle joue Olive Oyl, personnage emblématique des dessins animés. Les rôles de Thatcher, comme dans Heretic (2024) ou Companion (2025), suivent souvent une trajectoire similaire : des femmes opprimées qui, confrontées à des épreuves, en ressortent renforcées. Elle exprime cependant son envie d’explorer d’autres genres pour diversifier son jeu et s’affranchir de cette étiquette.
Sophie Thatcher a récemment tourné dans des registres très variés, ce qui lui permet d’élargir ses compétences d’actrice. Dans Peaches (2025), une comédie dramatique de Jenny Suen, elle incarne une jeune femme escroc à Hong Kong, un rôle qui l’a obligée à adopter une approche physique et libre, inspirée des films de Charlie Chaplin. Ce projet contraste avec Her Private Hell (2025), réalisé par Nicolas Winding Refn, où elle joue une actrice piégée dans un monde futuriste et statique. Ces deux expériences opposées lui ont appris à adapter son jeu en fonction des exigences du film. Thatcher souligne l’importance de la collaboration avec les réalisateurs, comme Refn, qui l’a aidée à façonner son personnage de manière collaborative, une approche qu’elle souhaite désormais privilégier dès le début des projets.
Sophie Thatcher a été annoncée au casting de The Girl Who Was Plugged In, le prochain film de Jennifer Kent, réalisatrice australienne connue pour The Babadook (2014). Le film raconte l’histoire d’une jeune femme marginalisée, recrutée par une entreprise technologique pour contrôler à distance le corps d’une influenceuse artificielle. Thatcher a été séduite par l’ouverture et la collaboration proposées par Kent, une approche qui lui permet de construire son personnage en synergie avec la réalisatrice. En plus de son rôle d’actrice, Thatcher est également musicienne et chanteuse. Elle prépare actuellement des cours de danse et de piano, des disciplines qui, selon elle, enrichissent sa vision artistique et son jeu d’actrice. Elle a sorti un premier EP en 2024, Pivot & Scrape, et voit cette activité comme un moyen d’explorer de nouvelles facettes de sa créativité.
Sophie Thatcher a commencé sa carrière à 4 ans dans une production communautaire du Magicien d’Oz, puis a joué professionnellement à 10 ans dans Le Jardin Secret (2011). Elle exprime un vif désir de remonter sur scène, attirée par la discipline et l’endurance que demande le théâtre, où un personnage est incarné de manière continue pendant toute une représentation. Ce retour au théâtre serait pour elle une façon de retrouver une connexion plus directe avec le public et l’espace scénique, après avoir tourné principalement pour la télévision et le cinéma, des médias où les interruptions sont fréquentes. Elle attend cependant le bon projet pour concrétiser cette envie. Son enfance a aussi été marquée par la création de courts-métrages sur Les Sims, un jeu vidéo de simulation de vie où elle pouvait inventer des histoires et des personnages, une expérience qui a nourri son imagination et sa passion pour la narration.
En dehors du cinéma, Sophie Thatcher cultive deux passions : les objets miniatures et la taxidermie. Elle a récemment acheté une maison et s’est prise de passion pour ces disciplines, qu’elle compare à des mises en scène ou des décors de cinéma miniatures. Elle évoque aussi son admiration pour des cinéastes comme Kenneth Anger, Krzysztof Kieślowski, John Cassavetes et Claire Denis. Cassavetes, en particulier, la fascine pour son approche *DIY* (Do It Yourself) du cinéma, où il tournait parfois des films avec ses proches dans sa propre maison. Elle cite aussi Sean Baker, qui a réalisé *Tangerine* (2015) avec un téléphone portable, et Kelly Reichardt, dont les films comme *Wendy et Lucy* (2008) explorent des thèmes réalistes et humains. Ces inspirations reflètent son envie de créer des œuvres authentiques et collaboratives, où l’humain et ses relations sont au centre.

