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Géopolitique

“Houaria”, ce portrait d’un Oran marginal qui a créé le scandale en Algérie

Courrier International · mis à jour il y a 22 j

Dans “Houaria”, Inam Bioud nous emmène à Oran, en pleine décennie noire. Avec son ton parfois cru, et son décor emprunté aux cabarets et quartiers populaires de cette grande ville de l’Ouest algérien, ce roman a choqué les conservateurs lors de sa parution en arabe.

Houaria, un roman controversé

Le roman Houaria, écrit par Inam Bioud et publié en Algérie en 2024, a suscité une vive polémique parmi des députés conservateurs algériens. Ces derniers ont critiqué l’autrice pour avoir dépeint Oran, une ville algérienne, comme un lieu de dépravation morale. La controverse a été si intense qu’elle a conduit à la fermeture de la maison d’édition algérienne MIM, qui avait initialement publié l’ouvrage. Houaria a remporté le prix Assia-Djebar, un prix littéraire algérien prestigieux. Le roman explore la vie dans les quartiers populaires d’Oran pendant la décennie noire (1992-2002), une période marquée par une violente guerre civile opposant l’État algérien aux groupes islamistes armés. La polémique soulève la question de la liberté d’expression dans la littérature algérienne et des limites de la tolérance envers les œuvres jugées subversives.

Traduction et réception

En avril 2024, Houaria a été traduit en français et publié simultanément par les maisons d’édition Barzakh (Algérie) et Philippe Rey (France). Contrairement à sa réception en Algérie, la version française n’a pas provoqué de rejet massif, ce qui amène certains médias à s’interroger sur les différences de sensibilité entre les lectorats arabophones et francophones. Le roman est décrit comme une pièce maîtresse de la littérature algérienne contemporaine, offrant au public francophone l’opportunité de découvrir un texte audacieux. La traduction, réalisée par Lotfi Nia, permet une nouvelle interprétation de l’œuvre, qui reste un sujet de débat en Algérie. Les médias algériens, comme Le Matin d’Algérie, soulignent que cette traduction permet de mieux comprendre les enjeux littéraires et sociaux du roman.

Décor et personnages

L’intrigue de Houaria se déroule dans les quartiers populaires d’Oran, une ville côtière d’Algérie, pendant la décennie noire. Le roman suit plusieurs personnages, dont Houaria, une femme dont le réveil dans un hôpital marque le début du récit. Son parcours est marqué par des tensions familiales, notamment avec son frère aîné et sa mère, ainsi que par une relation amoureuse avec Hicham. D’autres personnages, comme Hadia, la belle-sœur de Houaria, apportent des perspectives complémentaires sur la vie dans ces quartiers marginalisés. L’autrice dépeint un Oran rythmé par la musique raï, les cabarets, les trafics de drogue et les petits boulots précaires. Ces éléments illustrent la réalité sociale d’une ville où la violence et la misère façonnent le quotidien des habitants.

Style et approche littéraire

Inam Bioud adopte dans Houaria un style épuré, sans emphase ni fioriture linguistique, ce qui renforce l’authenticité de son récit. Le roman est structuré comme une œuvre chorale, où chaque chapitre adopte le point de vue d’un personnage différent, offrant ainsi une vision multidimensionnelle de la société oranaise. L’autrice ne cherche pas à provoquer ou à choquer, mais à décrire la réalité telle qu’elle est, avec ses vices et ses bas-fonds, sans édulcorer les aspects les plus sombres. Cette approche contraste avec d’autres récits qui tendent à idéaliser ou à simplifier le passé. Houaria se distingue par sa volonté de mettre à nu les plaies du passé plutôt que de proposer des réponses toutes faites, invitant le lecteur à réfléchir sur les conséquences de la décennie noire sur les individus.

Contexte historique sensible

La décennie noire (1992-2002) est une période de guerre civile en Algérie, marquée par des violences extrêmes entre l’État et les groupes islamistes armés. Ce conflit a laissé des traces profondes dans la société algérienne, tant sur le plan collectif qu’individuel. Houaria s’inscrit dans une démarche de mémoire, en explorant les effets de cette période sur les vies ordinaires, notamment dans les quartiers populaires d’Oran. Contrairement à d’autres récits qui cherchent à réconcilier la société avec son passé, ce roman adopte une posture différente : il ne propose pas de solutions, mais place le lecteur face à des interrogations ouvertes. Cette approche a contribué à alimenter les débats autour de l’œuvre, certains y voyant une nécessité pour préserver la mémoire historique, tandis que d’autres la jugent trop crue ou provocante.

Ce que ça pourrait changer

La polémique autour de *Houaria* révèle des tensions culturelles et politiques en Algérie, notamment autour de la liberté d’expression et des normes sociales. Les députés conservateurs qui ont critiqué le roman représentent une frange de la société algérienne attachée à des valeurs traditionnelles, souvent en opposition avec des œuvres perçues comme subversives. La fermeture de la maison d’édition MIM, suite à la controverse, illustre les risques encourus par les auteurs et les éditeurs en Algérie lorsqu’ils abordent des sujets sensibles. Le roman, en décrivant une Oran marginalisée et confrontée à la violence, bouscule les *certitudes établies* et rappelle que la mémoire collective ne peut être construite sans une représentation sincère de son passé, même douloureux.

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