La Birmanie en voie de retrouver sa place au sein de l’Asean ?
Les ministres des Affaires étrangères de l’Asean se retrouvent à partir du 21 juillet à Manille. Au cœur des discussions, les relations avec la Birmanie.
Du 21 juillet 2026, les ministres des Affaires étrangères des dix pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) se réunissent à Pasay, une ville de la métropole de Manille aux Philippines, pour un sommet de quatre jours. L’Asean, créée en 1967, est une organisation régionale qui rassemble des pays comme l’Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam ou les Philippines. Son objectif principal est de favoriser la coopération économique, politique et sécuritaire entre ses membres. Ce sommet est marqué par des tensions internes, notamment sur trois sujets : un conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge, les tensions en mer de Chine méridionale, et surtout la question birmane. L’unité du groupe est qualifiée de « mise à l’épreuve » par le média Nikkei Asia, soulignant les divisions croissantes entre ses membres.
Depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021 en Birmanie, la junte au pouvoir, dirigée par le général Min Aung Hlaing, est isolée diplomatiquement par l’Asean. Ce coup d’État a renversé le gouvernement civil dirigé par Aung San Suu Kyi, figure historique de la démocratie birmane. En réaction, l’Asean a pris une décision exceptionnelle : exclure les représentants de la junte des sommets régionaux. Cette mesure est d’autant plus notable que l’Asean se vante traditionnellement de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de ses membres, principe connu sous le nom de « non-ingérence ». L’ostracisme birman fait suite au refus de la junte de respecter le plan de paix en cinq points proposé par l’Asean en 2021, visant à rétablir la démocratie et à mettre fin à la violence dans le pays.
Depuis quelques mois, l’unité de l’Asean sur la question birmane montre des signes d’affaiblissement. La principale raison est le changement de stratégie du général Min Aung Hlaing, qui a abandonné son uniforme militaire pour des vêtements civils lors de son élection à la présidence birmane en 2025. Ce geste symbolique vise à donner une apparence de légitimité démocratique à son régime. Certains pays membres de l’Asean, comme la Thaïlande ou le Laos, semblent désormais prêts à réintégrer la Birmanie dans le dialogue régional, malgré l’absence de progrès concrets vers la démocratie. Cette évolution divise les membres, certains estimant que le dialogue est préférable à l’isolement pour éviter une aggravation de la crise humanitaire en Birmanie.
Le sommet de l’Asean à Manille en juillet 2026 sera l’occasion de discuter de l’avenir de la Birmanie au sein du groupe. La junte birmane, bien que toujours critiquée pour ses violations des droits humains, cherche à retrouver une place centrale dans les discussions régionales. L’Asean, qui se veut un acteur de la stabilité en Asie du Sud-Est, doit trancher entre deux approches : maintenir une ligne dure en excluant la junte, ou adopter une posture plus pragmatique en rouvrant le dialogue. Ce choix aura des répercussions sur la crédibilité de l’organisation, déjà fragilisée par ses divisions internes. Les décisions prises lors de ce sommet pourraient aussi influencer les relations de l’Asean avec d’autres puissances régionales, comme la Chine, qui entretient des liens étroits avec la junte birmane.

