En ciblant la société Wildberries, l’Ukraine a touché le quotidien des Russes
Des drones ukrainiens ont frappé durant le week-end du 18 juillet des centres logistiques de la société Wildberries, référence russe du commerce en ligne. Ces attaques dans les régions de Moscou et de Tambov ont trouvé un important écho dans la presse : s’ajoutant aux frappes sur les raffineries de pétrole, elles témoignent de l’immixtion désormais quotidienne de la guerre dans la vie des Russes..
Wildberries est une entreprise russe spécialisée dans le commerce en ligne, souvent comparée à Amazon pour son modèle. Fondée par Tatyana Kim, elle est devenue un symbole de réussite entrepreneuriale en Russie, permettant à sa dirigeante de figurer parmi les femmes les plus riches du pays. L’entreprise propose une large gamme de produits (vêtements, électroménager, produits alimentaires, etc.) et repose sur un réseau logistique dense, avec des entrepôts (warehouses en anglais) répartis dans tout le pays. Ces centres logistiques jouent un rôle clé dans la rapidité de livraison, un avantage concurrentiel majeur pour Wildberries. Cependant, cette infrastructure a été ciblée lors d’attaques récentes, révélant sa vulnérabilité et son importance stratégique pour l’économie russe.
Dans la nuit du 18 au 19 juillet 2026, plusieurs entrepôts de Wildberries ont été visés par des attaques de drones en Russie. Trois sites ont été touchés : Kotovsk (région de Tambov), Elektrostal (région de Moscou) et Koledino (au sud de Moscou). À Kotovsk, l’attaque a causé la mort de sept employés et blessé 25 personnes, dont 22 ont dû être hospitalisées. À Elektrostal, 57 personnes ont été blessées. Ces drones, des engins volants télécommandés ou autonomes, sont de plus en plus utilisés dans les conflits modernes pour des frappes précises. L’Ukraine a revendiqué ces attaques, marquant une escalade dans la guerre économique et psychologique entre les deux pays. Ces événements ont également perturbé le trafic aérien, notamment à Moscou, où 400 drones ont été lancés la même nuit, entraînant des désorganisations dans les aéroports.
Les attaques ont eu des répercussions immédiates sur les employés de Wildberries et sur la population locale. Outre les victimes humaines (7 morts et 82 blessés au total), les incendies ont paralysé temporairement les activités des entrepôts, perturbant la chaîne d’approvisionnement et les livraisons en Russie. Les gouverneurs des régions concernées, Evgueni Pervychov (Tambov) et Andreï Vorobiov (Moscou), ont confirmé ces informations via des médias locaux comme Vedomosti. Par ailleurs, les autorités russes ont tenté de minimiser l’impact des attaques. L’agence d’État Ria Novosti a affirmé qu’un site fonctionnait normalement, tandis que le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a évoqué des perturbations aériennes. Ces contradictions reflètent les difficultés des autorités à gérer la crise et à communiquer de manière transparente.
Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues entre la Russie et l’Ukraine, bien au-delà du conflit militaire traditionnel. Depuis le début de la guerre en 2022, les deux pays utilisent des moyens non conventionnels pour affaiblir l’économie de l’adversaire. Wildberries, en tant qu’entreprise emblématique de l’économie russe, devient une cible symbolique. Ces frappes illustrent une stratégie visant à toucher le quotidien des Russes, en ciblant des infrastructures civiles essentielles. Les drones, de fabrication ukrainienne ou occidentale, permettent des attaques à distance avec un impact médiatique et économique fort. Cette escalade montre que la guerre ne se limite plus aux champs de bataille, mais s’étend aux réseaux logistiques et à la vie quotidienne des populations.

