L’Argentine Irina Werning connaît “le pouvoir des cheveux”
En 2006, la photographe argentine Irina Werning lance le projet *Las Pelilargas*, une série photographique centrée sur les femmes sud-américaines, et quelques hommes, arborant des cheveux extrêmement longs. Ce travail trouve ses racines près de vingt ans plus tôt, lors d’un reportage dans le nord de l’Argentine. À cette époque, Werning, alors installée à Londres, documentait les écoles rurales des communautés autochtones, se déplaçant parfois à dos d’âne. C’est là qu’elle remarque, presque malgré elle, la présence de jeunes filles aux cheveux démesurément longs, un détail qui capte son attention et la pousse à immortaliser ces portraits en parallèle de son travail initial. Cette fascination pour les cheveux longs, perçus comme un marqueur culturel et spirituel, devient le fil conducteur de sa carrière photographique.
En 2006, la photographe argentine Irina Werning lance le projet Las Pelilargas, une série photographique centrée sur les femmes sud-américaines, et quelques hommes, arborant des cheveux extrêmement longs. Ce travail trouve ses racines près de vingt ans plus tôt, lors d’un reportage dans le nord de l’Argentine. À cette époque, Werning, alors installée à Londres, documentait les écoles rurales des communautés autochtones, se déplaçant parfois à dos d’âne. C’est là qu’elle remarque, presque malgré elle, la présence de jeunes filles aux cheveux démesurément longs, un détail qui capte son attention et la pousse à immortaliser ces portraits en parallèle de son travail initial. Cette fascination pour les cheveux longs, perçus comme un marqueur culturel et spirituel, devient le fil conducteur de sa carrière photographique.
Pour constituer son corpus photographique, Irina Werning a dû adapter ses méthodes aux réalités locales et technologiques de l’époque. En 2006, les réseaux sociaux en étaient à leurs balbutiements, et la photographe travaillait principalement en argentique, une technique photographique utilisant des pellicules plutôt que des fichiers numériques. Elle a donc opté pour une approche analogique et communautaire : affichage d’annonces dans les écoles, les marchés ou les hôpitaux, et organisation de concours de cheveux longs dans des petites villes. Ces initiatives lui ont permis de rencontrer et de photographier environ un millier de femmes, principalement en Argentine et en Équateur, sur les milliers qu’elle a croisées. Son objectif était de documenter une tradition capillaire ancrée dans des valeurs culturelles et ancestrales, loin des standards esthétiques contemporains.
Dans les sociétés autochtones sud-américaines, les cheveux longs ne sont pas un simple choix esthétique, mais un symbole culturel et spirituel profondément ancré. Selon les traditions locales, les cheveux sont considérés comme le prolongement de la pensée, de l’esprit et même de la terre. Cette croyance explique pourquoi les jeunes filles, et non les femmes adultes, sont souvent les principales concernées par cette pratique. Irina Werning souligne que, dans ces cultures, les cheveux longs sont perçus comme une archive vivante, un lien entre les histoires individuelles et collectives. En Amérique du Sud, les femmes ont statistiquement des cheveux plus longs que dans d’autres régions du monde, un phénomène attribué à cette héritage culturel partagé. Pour la photographe, ces chevelures démesurées deviennent ainsi une forme de résistance silencieuse face à l’uniformisation des modes de vie modernes.
Photographier ces femmes aux cheveux longs n’a pas été une tâche aisée pour Irina Werning, notamment en Équateur où elle a rencontré des obstacles inattendus. Dans de nombreuses communautés autochtones, les cheveux sont considérés comme une partie intime et spirituelle du corps, au point que seuls les membres de la famille très proche sont autorisés à les toucher. Cette règle a posé un défi de taille pour la photographe, qui admet dans une interview au magazine Dazed son habitude de recoiffer ses modèles avant une séance photo. Elle a dû s’adapter à ces coutumes, renonçant à ses gestes habituels pour respecter les traditions locales. Malgré ces contraintes, son travail a été salué en 2022 par un World Press Photo, récompensant notamment son suivi d’une jeune fille de 12 ans sur quatre ans, jusqu’à ce qu’elle se coupe les cheveux.
Le projet *Las Pelilargas* a valu à Irina Werning une reconnaissance internationale, notamment à travers la publication d’un livre chez *Gost Books* et la distinction du *World Press Photo* en 2022. Ce prix a mis en lumière son travail de longue haleine, qui consiste à documenter non seulement des apparences, mais aussi des traditions et des identités. Son approche, à la fois ludique et respectueuse, se distingue par des mises en scène créatives : cheveux tressés ensemble, ornés de rubans, ou encore déployés en cascade le long d’escaliers, parmi des paysages naturels comme des cactus ou des chevaux. Ces images, publiées dans des médias comme *Dazed* ou *Vein*, révèlent une dimension à la fois esthétique et anthropologique, où les cheveux deviennent le support d’histoires personnelles et collectives, transmettant un héritage culturel à travers les générations.

