Alexandra Pérez Soriano, neurologue : « La maladie de Parkinson peut commencer par des symptômes non moteurs, tels que la constipation ou l’urgence urinaire »
Le tremblement des mains reste l'image qui colle à cette maladie neurologique. Pourtant, elle s'annonce souvent des années plus tôt, par une constipation tenace, des envies pressantes d'uriner ou un odorat qui s'efface.
La maladie de Parkinson, souvent associée à des tremblements ou à des difficultés de mouvement, peut en réalité débuter par des symptômes moins connus, appelés symptômes non moteurs. Selon la neurologue Alexandra Pérez Soriano, ces signes avant-coureurs incluent notamment la constipation chronique ou des problèmes urinaires comme une urgence urinaire (besoin soudain et irrépressible d’uriner). Ces symptômes, souvent négligés ou attribués à d’autres causes comme le vieillissement, peuvent apparaître plusieurs années avant les manifestations motrices classiques de la maladie. La spécialiste souligne que ces signes reflètent l’impact de Parkinson sur le système nerveux autonome, qui régule des fonctions involontaires comme la digestion ou la vidange de la vessie. Identifier ces symptômes précoces pourrait permettre un diagnostic plus précoce et une prise en charge adaptée.
Le système nerveux autonome est une partie du système nerveux qui contrôle des fonctions corporelles involontaires, comme la digestion, la transpiration ou la régulation de la pression artérielle. Dans la maladie de Parkinson, des cellules nerveuses situées dans une région du cerveau appelée substance noire (responsable notamment de la production de dopamine, un neurotransmetteur essentiel au mouvement) commencent à dégénérer. Cependant, ce processus ne se limite pas à cette zone : il affecte aussi les neurones du système nerveux autonome, situés en dehors du cerveau, dans des ganglions nerveux répartis dans tout le corps. Cette dégénérescence explique pourquoi des symptômes comme la constipation ou les troubles urinaires peuvent survenir avant même que les problèmes de mouvement ne deviennent apparents.
Repérer les symptômes non moteurs de Parkinson est un enjeu majeur pour les médecins, car ils sont souvent confondus avec des troubles bénins liés à l’âge ou à d’autres pathologies. Alexandra Pérez Soriano insiste sur l’importance d’une écoute attentive des patients, notamment ceux qui consultent pour des problèmes digestifs ou urinaires chroniques. Un diagnostic précoce permet d’envisager des traitements plus efficaces pour ralentir l’évolution de la maladie, comme des médicaments dopaminergiques ou des thérapies ciblant les symptômes non moteurs. En France, environ 200 000 personnes sont touchées par Parkinson, et ce chiffre devrait augmenter avec le vieillissement de la population. Une meilleure connaissance de ces signes avant-coureurs pourrait améliorer la qualité de vie des patients et réduire les délais entre les premiers symptômes et le diagnostic.
Les recherches actuelles visent à mieux comprendre les mécanismes par lesquels Parkinson affecte le système nerveux autonome. Des études explorent notamment le rôle de l’inflammation ou de l’accumulation de protéines anormales dans les neurones. Ces travaux pourraient ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques, comme des médicaments ciblant spécifiquement les symptômes non moteurs. Par ailleurs, des outils de dépistage plus sensibles, comme des questionnaires ou des examens biologiques, sont en cours de développement pour faciliter l’identification précoce de la maladie. Ces avancées s’inscrivent dans un contexte où la recherche sur Parkinson bénéficie d’un financement accru, avec des budgets publics et privés dédiés à la lutte contre les maladies neurodégénératives.

