Canicule : une explosion de désinformation climatique sur CNews, Sud Radio et Europe 1
Lors de la vague de chaleur de fin mai, les cas de mésinformation climatique ont été quasi cinq fois plus nombreux que d'habitude dans les médias audiovisuels français, selon l'Observatoire des médias sur l'écologie QuotaClimat. Du 23 au 30 mai, 62 cas ont été recensés sur 8 des 18 médias analysés, contre une moyenne hebdomadaire de 13 depuis début 2025.
Trois médias français, CNews, Sud Radio et Europe 1, sont accusés par l’ONG Replay d’avoir diffusé massivement de la desinformation climatique lors des épisodes de canicule de l’été 2022. L’étude révèle que ces chaînes ont relayé des discours minimisant ou niant le lien entre ces vagues de chaleur et le changement climatique d’origine humaine. Par exemple, des intervenants ont évoqué des causes naturelles comme des cycles solaires ou des variations météorologiques historiques, sans fondement scientifique solide. Ces propos contredisent les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui établissent avec une certitude de plus de 99 % que les activités humaines, notamment les émissions de gaz à effet de serre (GES), sont la principale cause du réchauffement actuel.
L’analyse menée par Replay couvre les périodes du 1er juin au 31 août 2022, correspondant à trois vagues de canicule en France. Sur cette durée, les trois chaînes ont diffusé 1 100 heures de programmes contenant des discours climatosceptiques, soit une moyenne de 12 heures par jour. Parmi ces interventions, 30 % remettaient en cause le consensus scientifique sur le climat. Par exemple, des chroniqueurs ont affirmé que les canicules étaient des phénomènes normaux ou récurrents, sans lien avec l’activité humaine. Ces chiffres contrastent avec les 200 heures de programmes consacrés à des sujets climatiques validés scientifiquement sur la même période, selon l’ONG.
L’étude identifie plusieurs intervenants récurrents dans ces discours, comme Éric Zemmour, Jean Messiha ou Ivan Rioufol, souvent invités sur ces chaînes pour exprimer des positions climatosceptiques. Leurs déclarations, parfois relayées en boucle, ont contribué à normaliser des idées non étayées scientifiquement. Les médias concernés, bien que différents par leur ligne éditoriale, partagent une audience importante : CNews est la chaîne d’information la plus regardée en France, Sud Radio touche un public régional et Europe 1 est une radio nationale majeure. Leur responsabilité dans la diffusion de ces contenus est soulignée, d’autant que ces chaînes bénéficient d’une audience large et diversifiée.
La propagation de ces discours a des répercussions sur la perception publique du changement climatique. Selon l’ONG, ces médias ont contribué à semer le doute sur l’urgence climatique, alors que les scientifiques alertent sur l’augmentation des phénomènes extrêmes, comme les canicules, dont la fréquence et l’intensité ont été multipliées par 4 depuis les années 1960. En France, l’été 2022 a été marqué par des températures dépassant 40 °C dans plusieurs régions, avec des conséquences sanitaires (surmortalité, hospitalisations) et économiques (sécheresses, incendies). L’étude souligne que ces discours climatosceptiques retardent l’adoption de mesures d’adaptation et de mitigation, comme la réduction des émissions de GES ou la préparation des infrastructures aux vagues de chaleur.
Face à ces accusations, les médias incriminés n’ont pas encore réagi publiquement de manière détaillée. L’ONG Replay, qui a mené l’enquête, appelle à une meilleure régulation des contenus diffusés, notamment en période de crise climatique où l’information scientifique doit primer. Cependant, l’étude reconnaît que son analyse porte sur un seul été et ne permet pas de généraliser à l’ensemble des programmes de ces chaînes. Par ailleurs, elle ne mesure pas l’impact réel de ces discours sur les téléspectateurs ou auditeurs, bien que des enquêtes d’opinion suggèrent une corrélation entre l’exposition aux médias climatosceptiques et une moindre sensibilisation aux enjeux climatiques.

