Les États-Unis peuvent-ils se défaire de leur dépendance aux terres rares en provenance de Chine ?
Malgré des partenariats, des investissements et la prise de participations dans des entreprises privées, la stratégie de la Maison Blanche présente une faille : les terres rares lourdes. L’article Les États-Unis peuvent-ils se défaire de leur dépendance aux terres rares en provenance de Chine ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Depuis 2025, l’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, a fait de la réduction de sa dépendance aux terres rares chinoises un objectif géopolitique majeur. Pour y parvenir, elle a investi massivement dans des entreprises spécialisées dans l’extraction, le raffinage ou la transformation de ces minéraux. Parmi les acteurs clés figurent MP Materials, avec laquelle le Pentagone a signé un contrat de plusieurs milliards de dollars en 2026, ainsi que Lithium Americas. D’autres initiatives incluent un partenariat avec Korea Zinc pour construire un complexe de fusion et d’affinage au Tennessee, un investissement de 150 millions de dollars dans Atlantic Alumina Co., et un prêt conditionnel de 400 millions de dollars à Sunrise Energy, une entreprise australienne développant une mine de scandium. Plusieurs décrets présidentiels ont également été signés pour accélérer les projets miniers en simplifiant les évaluations environnementales.
Les investissements américains se concentrent principalement sur les terres rares légères (néodyme, praséodyme, cérium, lanthane), dont l’importance stratégique est moindre que celle des terres rares lourdes (dysprosium, terbium). Ces dernières sont essentielles pour produire des aimants permanents à haute température, utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes offshore et les systèmes de défense avancés. Malgré des progrès, comme l’annonce de MP Materials d’accroître ses capacités de séparation des terres rares lourdes sur son site de Mountain Pass en Californie, les États-Unis restent dépendants de matières premières importées, principalement de Chine ou du Myanmar. Cette dépendance pose un risque géopolitique majeur, car ces éléments sont cruciaux pour les technologies de pointe.
Pour réduire cette dépendance, les États-Unis misent sur le projet de la mine brésilienne de Serra Verde, exploitée par l’entreprise USA Rare Earth. En avril 2026, USA Rare Earth a signé un accord de 2,8 milliards de dollars pour acquérir cette mine, située dans l’État de Goiás. Ce projet est unique car il exploite un gisement d’argiles ioniques, capable de produire l’ensemble des quatre terres rares magnétiques (néodyme, praséodyme, dysprosium et terbium) à l’échelle commerciale. Un véhicule spécial, soutenu par le Pentagone à hauteur de 750 millions de dollars, a été créé pour acheter la production de la phase I de la mine pendant 15 ans, avec des prix planchers garantis. Cependant, il faudra plusieurs années pour développer une chaîne d’approvisionnement entièrement intégrée et compétitive face aux entreprises chinoises.
Historiquement, les gisements d’argiles ioniques, nécessaires à la production de terres rares, étaient considérés comme une quasi-exclusivité du sud de la Chine et de la région de Kachin au Myanmar. Cependant, une étude publiée en 2025 révèle que ces mêmes formations géologiques existent dans plusieurs autres pays, notamment au Brésil, à Madagascar, en Australie, en Ouganda et au Chili. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour diversifier les sources d’approvisionnement en terres rares et réduire la dépendance envers la Chine. Toutefois, le développement de ces gisements à l’échelle industrielle prendra du temps et nécessitera des investissements massifs pour être viable économiquement.

