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Géopolitique

Le Ghana mise sur les titres d’identité biométriques pour limiter les fraudes

Courrier International · mis à jour il y a 15 j

Le Ghana investit toujours plus pour généraliser l’utilisation de sa carte d’identité biométrique. Le 15 juillet, la réglementation concernant la vérification d’identité a changé pour interdire l’usage de la photocopie et le contrôle visuel des documents.

Fraudes identitaires au Ghana

Le Ghana fait face à un problème majeur de fraudes liées aux titres d’identité officiels, notamment les cartes d’électeur et les passeports. Ces fraudes permettent à des individus de s’inscrire plusieurs fois sur les listes électorales, d’obtenir illégalement des aides sociales ou de contourner les contrôles d’identité. Selon les autorités, ces pratiques faussent les élections, détournent des fonds publics et sapent la confiance dans les institutions. En 2016, une étude de la Commission électorale ghanéenne avait révélé que plus de 10 millions de cartes d’électeur avaient été distribuées, alors que le pays comptait environ 28 millions d’habitants. Cette surévaluation suggère des doublons ou des usurpations d’identité. Les fraudes concernent aussi les passeports, avec des cas de citoyens obtenant plusieurs documents sous de fausses identités. Face à cette situation, le gouvernement a décidé de moderniser le système d’identification biométrique pour réduire ces abus.

Biométrie pour sécuriser l'identité

La biométrie est une technologie qui utilise les caractéristiques physiques uniques d’une personne pour l’identifier de manière fiable. Parmi les données biométriques les plus courantes, on trouve les empreintes digitales, la reconnaissance faciale ou l’iris de l’œil. Au Ghana, le gouvernement a lancé en 2018 un projet ambitieux : le National Identity Register (NIR), un registre national d’identité biométrique. Ce système vise à attribuer à chaque citoyen un numéro d’identité unique, associé à ses données biométriques. L’objectif est de créer une base de données centralisée et infalsifiable, où chaque personne ne peut avoir qu’un seul enregistrement. Pour cela, les autorités ont mis en place des centres d’enrôlement dans tout le pays, où les citoyens fournissent leurs empreintes digitales et une photo. En 2023, plus de 18 millions de Ghanéens avaient déjà été enregistrés, soit environ 60 % de la population. Ce projet est géré par la National Identification Authority (NIA), une agence gouvernementale créée en 2003.

Impact sur les élections

L’un des principaux bénéfices attendus de ce système biométrique est la lutte contre la fraude électorale. Au Ghana, les élections sont souvent marquées par des tensions liées aux inscriptions multiples sur les listes électorales. En 2020, lors des dernières élections présidentielles, la Commission électorale avait dû exclure plus de 1 million de cartes d’électeur suspectes. Avec le NIR, les autorités espèrent éliminer ces doublons en vérifiant systématiquement l’identité des électeurs grâce à leurs données biométriques. Par exemple, lors des prochaines élections, les citoyens devront présenter leur numéro d’identité biométrique pour voter, ce qui permettra de s’assurer qu’une seule personne utilise chaque carte d’électeur. Ce système pourrait aussi réduire les risques de manipulation des listes électorales, un enjeu crucial dans un pays où les scrutins sont souvent serrés. Cependant, le déploiement complet du NIR prend du temps, et certaines régions restent moins couvertes que d’autres.

Avantages économiques et sociaux

Au-delà de la sphère politique, le système biométrique ghanéen vise à améliorer la gestion des aides sociales et à renforcer la confiance dans les institutions. Actuellement, des fraudes sont détectées dans la distribution des subventions publiques, comme les programmes d’aide aux plus pauvres. Par exemple, le gouvernement a estimé que jusqu’à 30 % des bénéficiaires de certaines aides sociales n’étaient pas éligibles, en raison d’identités falsifiées ou de doublons. Avec le NIR, les autorités pourront vérifier l’identité des demandeurs en temps réel, limitant ainsi les détournements de fonds. De plus, ce système facilite l’accès aux services publics, comme l’ouverture d’un compte bancaire ou la souscription à une assurance, en réduisant les risques de fraude. Enfin, il pourrait stimuler l’inclusion financière, car de nombreux Ghanéens sans papier d’identité officiel sont exclus du système bancaire. Le gouvernement mise sur ces gains pour justifier l’investissement, estimé à plus de 500 millions de dollars.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ses avantages, le projet biométrique ghanéen rencontre plusieurs obstacles. D’abord, son coût élevé, financé en partie par des prêts internationaux, suscite des critiques. Certains observateurs s’inquiètent de la dette publique, déjà élevée, tandis que d’autres dénoncent un manque de transparence dans la gestion des fonds. Ensuite, des questions se posent sur la protection des données personnelles. Le NIR collecte des informations sensibles, comme les empreintes digitales, ce qui soulève des risques de piratage ou d’utilisation abusive. En 2022, un rapport de l’ONG *Human Rights Watch* avait alerté sur le risque de surveillance de masse, bien que les autorités ghanéennes aient assuré que les données seraient protégées. Enfin, l’accès inégal au système reste un problème : les zones rurales, moins bien desservies, peinent à se faire enregistrer, ce qui creuse les inégalités. Ces défis pourraient ralentir la généralisation du NIR et limiter son efficacité à court terme.

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