Mûres sans pépins, cerises sans noyau : les géants de l'agroalimentaire veulent créer les fruits du futur grâce à CRISPR
La startup américaine Pairwise a créé la première mûre sans pépins au monde grâce à CRISPR. Bayer et Corteva investissent dans cette technologie pour transformer les cultures face au changement climatique..
CRISPR est une technologie de modification génétique révolutionnaire, souvent comparée à des ciseaux moléculaires. Elle permet d'éditer l'ADN d'un organisme avec une précision inégalée, en coupant, supprimant, remplaçant ou ajoutant des séquences génétiques spécifiques. Développée à partir de 2012, cette méthode s'appuie sur une protéine naturelle, la Cas9, guidée par un brin d'ARN pour cibler et modifier un gène précis. Contrairement aux méthodes traditionnelles de sélection végétale, CRISPR réduit considérablement le temps nécessaire pour obtenir des plantes aux caractéristiques désirées, comme des fruits sans pépins ou sans noyau. Les géants de l'agroalimentaire, comme les entreprises Syngenta ou Bayer, investissent massivement dans cette technologie pour créer des variétés de fruits plus pratiques à consommer et plus rentables à produire. Cette approche suscite cependant des débats éthiques et environnementaux, notamment sur les risques de dissémination incontrôlée de gènes modifiés dans la nature.
Les fruits sans pépins ou sans noyau, comme les mûres ou les cerises modifiées, répondent à une demande croissante des consommateurs pour des produits plus pratiques et moins encombrants. Actuellement, la plupart des fruits contiennent des pépins ou des noyaux, ce qui peut être gênant lors de la consommation ou de la transformation industrielle. Par exemple, les cerises doivent être dénoyautées avant d'être vendues en conserve ou en confiture, une étape coûteuse et chronophage. Les entreprises agroalimentaires voient dans ces fruits modifiés un moyen d'augmenter leur productivité et de réduire les coûts de production. De plus, ces variétés pourraient séduire les consommateurs en offrant une expérience de consommation plus agréable, sans résidus gênants. Cependant, ces innovations soulèvent des questions sur l'acceptation par le public et les éventuels impacts sur la biodiversité.
Le marché des fruits modifiés par CRISPR représente un potentiel économique colossal pour les géants de l'agroalimentaire. Selon des estimations récentes, le marché mondial des cultures génétiquement modifiées pourrait atteindre 20 milliards de dollars d'ici 2025, avec une croissance annuelle de 7 %. Les entreprises comme Syngenta ou Bayer misent sur ces innovations pour conquérir de nouveaux marchés et renforcer leur position face à la concurrence. Par exemple, une variété de cerise sans noyau pourrait réduire les coûts de production de 15 à 20 %, tout en augmentant la durée de conservation des fruits. Ces avantages économiques pourraient inciter les agriculteurs à adopter ces nouvelles variétés, malgré les coûts initiaux élevés de la recherche et du développement. Cependant, les régulations strictes en Europe et dans certains pays pourraient freiner leur adoption à grande échelle.
L'utilisation de CRISPR en agriculture est encadrée par des régulations strictes, notamment en Europe où les organismes génétiquement modifiés (OGM) traditionnels sont soumis à des règles très contraignantes. Cependant, les plantes modifiées par CRISPR bénéficient parfois d'un statut plus favorable, car elles ne contiennent pas de gènes étrangers, mais simplement des modifications de leurs propres gènes. Malgré cela, des associations de consommateurs et des écologistes s'inquiètent des risques potentiels pour la santé et l'environnement. Par exemple, des études ont montré que certaines plantes modifiées pourraient devenir invasives ou perturber les écosystèmes locaux. En France, la Loi sur la biodiversité de 2016 impose des évaluations rigoureuses avant toute commercialisation de ces variétés. Ces débats ralentissent l'adoption de ces innovations et créent une incertitude pour les investisseurs.
À l'horizon 2030, les experts estiment que les fruits modifiés par CRISPR pourraient représenter jusqu'à 30 % du marché des fruits frais et transformés. Plusieurs variétés sont déjà en phase de test, comme des mûres sans pépins ou des cerises sans noyau, développées par des laboratoires américains et européens. Ces innovations pourraient également s'étendre à d'autres fruits, comme les raisins ou les melons, pour répondre à des besoins spécifiques, comme une meilleure résistance aux maladies ou une maturation plus lente. Cependant, leur succès dépendra de l'acceptation par les consommateurs, des régulations en vigueur et de la capacité des entreprises à démontrer l'innocuité de ces produits. Si ces obstacles sont surmontés, les fruits du futur pourraient transformer durablement l'industrie agroalimentaire.

